retour imprimer © Lettre du pS-Eau 56 de Feb 2008

Coopération décentralisée franco-palestinienne: De l'eau… au développement local


Vue de Tubas, en Cisjordanie. Détournées, à peine 25 % des eaux du Jourdain parviennent dans les territoires palestiniens, tandis que 20 % seulement des eaux des nappes souterraines de ce pays sont dévolues aux populations.

La ville de Tubas, au nord-est de la Cisjordanie, connaît de graves problèmes d'alimentation en eau potable. L'Association de coopération entre acteurs du développement (ACAD), les communes de Saint-Pierre d'Aurillac, Fargues de Langon en Gironde, l'Agence de l'eau Adour Garonne et la commune palestinienne
de Tubas unissent leurs efforts depuis 2006 pour améliorer cette situation préoccupante.

La situation politique que connaît aujourd'hui la Palestine s'est détériorée depuis les précédentes Assises organisées en juillet 2000, rendant encore plus difficile la vie quotidienne des habitants de Tubas et de son district. Chacun sait que le problème de l'eau est crucial dans de nombreux pays du monde qui connaissent pénurie, pollution et maladies hydri­ques : mais si l'eau est rare pour les Palestiniens, c'est avant tout parce que cette ressource naturelle leur est confisquée depuis 40 ans.

Détournées, pour permettre l'alimentation des villes et le développement de l'industrie et de l'irrigation israéliennes, à peine 25 % des eaux du Jourdain parviennent dans les territoires palestiniens. La situation est encore plus marquée pour les eaux souterraines : 80 % des eaux des nappes sont dévolues à Israël contre 20 % aux populations palestinien­nes alors que ces nappes sont situées à 75 % sous le territoire de la Cisjordanie. La construction du Mur, engagée en 2002, aggrave encore cette situation puisque près de 40 puits d'eau souterraine ont été confisqués, entraînant une perte de près de 7 millions de m3 pour les Palestiniens.

Située au centre d'une région (district) d'environ 60 000 habitants, constituée de villages et de bourgs clairsemés, la ville de Tubas, où résident 24 000 habitants, s'étend sur des collines dominant de petites vallées agricoles, principalement à vocation maraîchère.
La difficulté d'alimenter en eau la population, tant en quantité qu'en qualité, est une des principales préoccupations de la municipalité. Suite à une relation nouée depuis plusieurs années avec des Tubassis, L'Association de coopération entre acteurs du développement (ACAD), une ONG française, accompagne un des programmes d'action.

La ville est desservie à partir du forage d'Al Faa'ra qui capte, à 90 m de profondeur, une eau fortement chargée en nitrates (120 mg/l). Pour alimenter le château d'eau, la municipalité doit parfois faire appel, à grands frais, à des sources privées.
Le réseau d'eau potable dessert 90 % des habitants de Tubas. Les fuites sont nombreuses dans ce réseau vétuste construit dans les années 60. Les habitations les plus récentes ne sont pas raccordées. L'eau n'est distribuée qu'une fois par semaine en moyenne, voire tous les 15 jours l'été. Pour palier cette difficulté, les habitations sont équipées de réservoirs, installés sur les toits terrasses. Le prix de l'eau, progressif, est fixé selon un barème qui pénalise les fortes consommations afin d'inciter la population à l'économie.


Un projet ambitieux
Un nouveau forage, réalisé en 2006, a pour objectif d'améliorer à moyen terme la situation, pour peu que des financements exter­nes permettent de raccorder Tubas à cette nouvelle ressource. Le forage de Tammoun, réalisé par l'Autorité palestinienne de l'eau (PWA), a ainsi été inauguré en juin 2006.

Le projet de coopération entre l'ACAD et la municipalité de Tubas, signé fin 2006, consistait à permettre l'utilisation la plus rapide possible des nouvelles capacités de ce forage par l'ensemble des habitants de la ville et à alimenter le réseau existant du bourg voisin de Tayaser. Pour cela il fallait que le projet puisse être réalisé dès 2007, constituant ainsi l'élément déclanchant, véritable «laboratoire du partenariat», d'un programme de coopération décentralisée plus ambitieux avec la ville de Tubas.

Une conduite de 4 150 m devait permettre de relier le nouveau forage à l'adducteur actuel et d'assurer l'alimentation du château d'eau, situé 300 m plus haut, au moyen d'une pompe. Le débit régulier de 120 m3/h et la profondeur de ce forage, de 406 m, ouvrant la perspective pour la ville de Tubas et le bourg de Tammoun d'un approvisionnement régulier (2 à 3 fois par semaine, toute l'année) en eau de meilleure qualité (l'objectif est un taux de nitrates d'environ 40 mg/l, conforme aux normes de l'OMS).
Il devait permettre aussi de desservir Tayaser (3 000 habitants), dont le réseau de distribution, construit depuis 10 ans, n'est toujours pas alimenté.


Une action soutenue par l'Agence de l'Eau
Sur la base de ce premier projet, l'ACAD a recherché un partenariat de coopération décentralisée qu'elle a trouvé avec l'im­plication de deux communes d'Aquitaine : Saint-Pierre d'Aurillac et Fargues de Langon (déjà en relation avec le camp de Al Quarara à Gaza) et avec le soutien de l'Agence de l'eau Adour-Garonne.
La municipalité de Tubas assure la maîtrise d'ouvrage de ce projet et PWA supervise le suivi technique des travaux. Le consulat général de France à Jérusalem a apporté tout son appui à ce projet, dont le coût global, intégrant la formation des agents communaux et les actions d'éducation à l'hygiène et à la santé de la population, s'élève à 240 000 €. L'aide apportée par l'Agence de l'eau Adour Garonne (192 000 €) représente 80 % de ce montant. Le complément est apporté par la ville de Tubas et ACAD.

Compte tenu des délais nécessaires à l'ACAD pour mettre en place le partenariat politique et financier, la municipalité de Tubas a recherché et obtenu plus rapidement par elle-même des financements internationaux pour cette première tranche de travaux. En mars 2007, l'ACAD, en accord avec l'Agence de l'Eau Adour-Garonne, a étudié lors d'une mission avec les services techniques de la mairie, les travaux nécessaires à une deuxième phase du programme global de réalisation du réseau d'eau de Tubas, sur laquelle seraient reportés les financements accordés.

Les efforts conjugués des acteurs de coopération français et le dynamisme de la municipalité de Tubas ont permis de mettre en œuvre deux phases en une seule année… et de démontrer clairement la solidité du partenariat et les capacités à avancer vers un programme plus conséquent. Suite à la réalisation des précédents travaux, le « nouveau pro­jet » a consisté à :
• construire un réservoir de 1 000 m3, sur un terrain appartenant à la ville de Tubas, situé à une altitude de 553 m et à mettre en place l'ensemble des éléments permettant le fonctionnement et le contrôle dudit réservoir ;
• réaliser la conduite primaire de 825 m d'un diamètre de 6 pouces reliant le réservoir existant situé à une altitude de 478 m au nouveau réservoir décrit ci-dessus, mettre en place tous les éléments permettant les raccordements aux réservoirs ;
• installer une pompe de refoulement permettant d'alimenter le nouveau réservoir à partir du réservoir existant ;
• réaliser une alimentation électrique (400 m) du site de l'ancien château d'eau permettant d'alimenter les pompes de refoulement.


Une démarche locale, à vocation globale
A ce jour, l'ensemble des travaux sont terminés. Ils devraient permettre un approvisionnement plus régulier en eau potable, une ressource globale en eau assurée en qualité et quantité tout au long de l'année.
En 2007, plusieurs rencontres en Gironde et à Tubas entre les maires et leurs équipes, l'ACAD, l'Agence de l'eau, ainsi que les habitants des communes, ont permis :
• la visite et le bilan des projets engagés ;
• la visite d'un certains nombre d'opérations et des échanges très fructueux liés aux questions de l'eau potable, de l'assainissement et de la gestion de l'eau en milieu agricole (en France et en Palestine);
• la finalisation d'un travail con­joint sur le cadre et les contenus d'un projet triennal (2008-2010) ainsi que les actions complémentaires de coopération qui seront menées (eau, assainissement, électricité, agriculture, gestion communale) ;
• la rencontre entre l'Agence de l'eau Adour Garonne et la PWA, et l'élaboration du texte d'une con­vention, qui sera signée début 2008
Ce premier projet sur le thème de l'eau en 2007 a permis de conforter le partenariat. Celui-ci a permis l'amorce d'une réflexion sur le district de Tubas, portant plus globalement sur la conception d'un « plan de développement local » et la mise en œuvre de projets sur l'urbanisme (élaboration d'un plan d'occupation des sols), l'assainissement individuel et/ou collectif (la ville ne dispose d'aucun assainissement), le renforcement de l'alimentation en eau potable (extension du réseau et rénovation des tronçons défectueux), l'électricité (amélioration et extension du ré­seau), la mise en place de structures juridiques de gestion de l'eau (syndicat intercommunal…), ainsi que des actions liées à une meilleure implication des populations.
Issue de cette première action, la coopération renforcée entre l'Agence de l'eau Adour Garonne et l'Autorité palestinienne de l'eau (PWA) s'insère également dans la démarche actuelle des autorités palestiniennes qui vise la prise en compte d'un espace géographique plus vaste (action sur les 6 districts de la zone Nord de la Cisjordanie).

Compte tenu des enjeux stratégiques et financiers, elle devra nécessairement impliquer d'autres partenaires palestiniens (PWA, Asso­ciation palestinienne des autorités locales) et français (Agence Française de Développement, autres collectivités locales engagées dans cette zone, Electriciens sans Frontières), etc. Le financement du programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'Union européenne ainsi que le Programme de développement municipal (AFD) seront sollicités pour donner les moyens à cette ambition…

D'autres actions et partenariats sont en outre développés dans les territoires palestiniens :
– la coopération entre les villes palestiniennes de Qalqilya, Djenin et Toulkarem et le département de Seine-Saint-Denis.
– le partenariat Aqabat Jabr et la ville de Besançon, autour de la rénovation du réseau d'eau et d'assainissement.



Membre de pS-Eau, de l'AITEC, de l'AdP et de la Coalition Eau, L'ACAD (Association de coopération entre acteurs du développement)
Créée en mars 1997, l'ACAD regroupe des professionnels de l'urbain (architectes, urbanistes, ingénieurs, spécialistes de l'insertion et du logement, etc.) agissant bénévolement au plan international.
Elle intervient en Amérique latine, en Afrique de l'Ouest et du Nord, au Moyen-Orient où elle entend participer à l'émergence et au renforcement des opérateurs locaux en soutenant la réalisation de leurs projets de développement urbain/sociaux. Son objectif est d'aider à la constitution de nouveaux rapports de coopération entre les habitants et leurs représentants, les pouvoirs publics, les acteurs économiques et sociaux et les organismes internationaux.
L'action de l'ACAD a été soulignée lors du Sommet de Johannesburg, au sein du « Water-Dome » pour son projet de réhabilitation d'un quartier de bidonville à Buenos-Aires.

La collaboration de l'ACAD et de l'agence de l'eau Adour-Garonne
« Ce projet a démontré tout l'intérêt pour les divers partenaires : munici­palités, organismes publics, ONG palestiniennes et françaises, de s'appuyer sur une association telle que l'ACAD qui, sans être spécialisée dans un domaine technique particulier, est capable de s'adapter, de trouver en son sein les compétences nécessaires, de jouer au quotidien un rôle de fédérateur, parfois de médiateur, souvent de moteur, et d'apporter sa vision globale de « la cité » dans toutes ses dimensions, matérielles et humaines. » Alain Dutemps, conseiller auprès du directeur de l'agence de l'eau Adour-Garonne


Mireille Murawski
ACAD
Email: acad2@wanadoo.fr

Alain Dutemps
Agence de l’eau Adour-Garonne
Email: alain.dutemps@eau-adour-garonne.fr

 

Château d'eau de Toubas. Une conduite de 4 150 m doit relier le nouveau forage à l'adducteur actuel et assurer l'alimentation du château d'eau, situé à 300 m.

Un travail conjoint sur le cadre et les contenus d'un projet triennal (2008-2010) ainsi que des actions complémentaires entre l'Agence de l'eau,
Adour Garonne et l'Autorité palestinienne de l'eau, permettront l'élaboration d'une convention de collaboration qui sera signée en 2008.
 

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