retour imprimer © Lettre du pS-Eau 86 de May 2018

Mali: Pérenniser les services ruraux


Bloc sanitaire comprenant un lave mains [© Forages Mali]

Forages Mali est présent sur l'ensemble du territoire malien depuis 35 ans, avec un bilan de plus de 330 forages et réhabilitations, réalisés exclusivement en zone rurale. Retours sur deux programmes de l'association, dans la région du Koulikoro.

Forages Mali intervient au Mali afin de permettre l'accès à l'eau potable et à l'assainissement dans les zones rurales du pays. L'association est animée par des bénévoles techniquement expérimentés, assistés sur place par un représentant local – actuellement M. Alassane Bocoum, hydrogéologue et ancien directeur adjoint de la Direction Nationale de l'Hydraulique (DNH) du pays. Depuis son origine, Forages Mali s'associe à de nombreuses collectivités françaises. Les programmes de forages et de latrines de l'association sont réalisés sans intermédiaire : les populations villageoises et les autorités communales portent les programmes, les villageois veillent eux-mêmes au bon fonctionnement des installations et effectuent les opérations de maintenance.

Depuis 2013, un volet assainissement est inclus dans chaque programme de forages. Ainsi, outre l'assainissement lié au point d'eau, ceux-ci comprennent depuis 2013 la construction de latrines à fosse (à minima) dans les écoles, les centres de santé ou les lieux publics.
Deux missions sur place sont menées lors de chaque programme : une première dans la phase initiale afin de rencontrer les autorités locales et de choisir les entreprises à l'issue des appels d'offres ; une seconde en fin de programme, pour réceptionner les ouvrages avec les populations.
Les travaux de l'association s'inscrivent dans les priorités de l'État malien, en étroite collaboration avec les services nationaux et régionaux de l'hydraulique.

Les Koulikoro 1 et 2 : quel bilan ?
Deux programmes viennent récemment d'être réalisés dans la région de Koulikoro (2015-2016) : les programmes Koulikoro 1 et 2 (K1 et K2). Ils sont aujourd'hui terminés et évalués. Bilan.

Koulikoro 1
Le programme de forages Koulikoro 1 a été principalement cofinancé par l'Agence de l'eau Seine-Normandie. Des forages ont été réalisés dans les villages de Soutourabougou, Korola Peulh, Kobala, Bassibougou, Faramana (commune de Nyamina) et dans les villages de Dokénébougou, Nieblentiebougou et Tougouni (commune de Tougouni). Le bilan financier du projet s'est établi autour du budget prévisionnel de 215 000 €. Le programme s'est terminé en juin 2015 avec la construction de 16 latrines, réalisées dans un délai très court et dans des conditions difficiles (hivernage). La mission menée par Forages Mali en novembre 2015 a constaté que le type de latrines qui avaient été installées restait très rudimentaire et que, faute de préparation, les villageois avaient très peu participé à leurs installations.

Koulikoro 2
Bénéficiant des enseignements du programme précédent K1, le programme K2, dont les opérations techniques se sont réalisées entre novembre 2015 et avril 2016, a porté sur trois communes rurales : Tougouni, Nyamina (région de Koulikoro) et Sakoïba (région de Ségou). Mené en concertation avec les services nationaux et régionaux de l'hydraulique du Mali, ce programme comprenait la réalisation de 10 forages pour un budget total de 257 300 € :
• 8 forages dans des villages des communes de Nyamina et Tougouni ;
• 2 forages dans la commune de Sakoïba.

L'Agence de l'eau Loire-Bretagne a été le principal contributeur du Koulikoro 2. Des financements complémentaires ont également été obtenus auprès de la Région des Pays de la Loire, des Conseils départementaux de l'Orne et de la Sarthe, de la ville d'Arnage, ainsi que de différentes collectivités du Calvados, de la Mayenne, de l'Orne et de la Sarthe.
Le choix des villages à équiper s'est inscrit dans la stratégie du pays, définie dans le Programme National d'Accès à l'Eau Potable (PNAEP) et en lien avec les services de l'État malien (DRH, DNH, DRACPN), les collectivités locales et les maires. Des forages ont également été réalisés dans des communes maliennes partenaires de communes françaises, dans le cadre de la coopération décentralisée. Ainsi, la ville d'Arnage (72) a contribué à la réalisation de forages dans sa commune partenaire Sakoïba (cercle de Ségou). Les points d'eau ont été équipés de pompes à motricité humaine, excepté dans les villages de Bebabougou Seguela et de Kosofin, où le volume de pompage suffisant a permis de tester un nouveau type de pompe à énergie solaire. Après consultation, les travaux ont été réalisés par l'entreprise malienne Foraco et les pompes ont été fournies par l'entreprise Sinergie, associée à Vergnet. Cinq latrines ont également été construites dans cinq villages (région de Koulikoro et de Ségou). Leur construction a été prévue suite aux différents échanges avec les entreprises, l'administration et les maires. Elles ont été implantées en priorité dans les écoles dotées de points d'eau, à Nyamina (villages de Badribogou et Kolimana), Tougouni (Tougouni) et Sakoïba (Kobougou et Menfala). Après consultation, c'est l'entreprise TTM qui a été retenue en janvier 2016 pour la réalisation des latrines, qui ont été livrées fin mars. Pour le type de latrines, le standard Unicef a été choisi : un bloc à deux ou trois cabines avec fosse (deux pour les lieux publics, trois pour les écoles). Celui-ci coûte entre 8 000 et 10 000 € l'unité.

Calendrier :
• De février à octobre 2015 : montage financier, contacts avec les autorités maliennes, choix des villages ;
• De novembre à décembre 2015 : première mission terrain, choix des fournisseurs, études géophysiques, début de l'animation villageoise ;
• De janvier à février 2016 : travaux de forations ;
• De février à mars 2016 : construction des latrines, poses des margelles et pompes ;
• Du 10 au 16 avril 2016 : deuxième mission de Forages Mali, réception des ouvrages ;
• Jusqu'en octobre 2017 : animation et suivi du comité de gestion dans chaque village.

Comme le montre ce calendrier, ces 11 forages ont été réalisés en seulement six mois. En comparaison, plusieurs années sont nécessaires afin qu'un tel programme soit réalisé par des programmes nationaux. Le contrôle réalisé par Forages Mali, qui s'est accompagné de missions sur place, a permis de garantir la bonne utilisation des fonds.

La contribution des villageois, au cœur du Koulikoro 2
Outre la qualité des ouvrages, Forages Mali a insisté sur la participation des villageois au projet. Celle-ci a dû faire l'objet d'un contrat entre l'entreprise et la commune concernée, avant le démarrage des travaux. Les villageois ont participé à la construction des latrines (opérations de fouille, transport de matériaux...) et à la gestion de l'équipement. « Les villageois ont participé en creusant la fosse et en apportant des matériaux locaux pour la construction des blocs de latrines (sable, graviers). L'entreprise en charge de la réalisation des travaux a également recruté sa main d'œuvre au sein des populations locales », détaille Mohamedoune Maïga, directeur de l'école du village de Minfala. Une fois la fosse creusée, bétonnée et dallée, les murs montés, crépis et peints, les villageois de Minfala se sont approprié le nouvel équipement en s'impliquant dans la gestion de l'ouvrage. « J'ai mis moi-même en place une équipe constituée des élèves de l'école, pour s'occuper de tout ce qui concerne l'hygiène des latrines », continue le directeur. « Un comité de gestion scolaire, constitué par les parents d'élèves, est également à la disposition de l'établissement pour tous les travaux ». Un comité et une caisse de gestion ont été mis en place respectivement pour les points d'eau et pour les latrines.

Afin que les villageois s'approprient et gèrent eux-mêmes les nouvelles installations, les maires et chefs de village ont été sollicités dès le début du programme K2. « Un comité de gestion d'eau potable, communément appelé Djiton a été mis en place », indique Bakary Diarra, maire de la commune rurale de Sakoïba, ainsi que des caisses de l'eau. Fatoumata Cissouma, Directrice Régionale de l'Hydraulique de Ségou, précise : « Nous créons des structures de gestion des futurs points d'eau : dans les villages, un comité de gestion, composé de cinq membres, élus en assemblée générale parmi des volontaires. Dans les bourgs importants, il s'agit d'une association d'usagers d'eau potable, avec davantage de membres, car il faut que chaque quartier soit représenté. Ces structures fonctionnent de façon communautaire, et alimentent une caisse de l'eau par village, pour parer aux éventuelles réparations des forages ». À la création du comité, cette caisse est alimentée financièrement par les villages (60 000 francs CFA) et par les communes (120 000 francs CFA) dont ils dépendent. Grâce à ce dispositif, Forages Mali enregistre un taux de pérennité de ses ouvrages supérieur à celui constaté par la Direction nationale de l'hydraulique au Mali. Ce système contribue aussi à sensibiliser les habitants à l'importance de l'accès à l'eau potable en milieu rural.

Quel bilan ?
« Cette année scolaire avec latrines a été très différente des autres, surtout en termes d'amélioration de la santé des enfants », déclare Mohamedoune Maïga, directeur d'école. « La construction des latrines dans l'établissement a permis d'inculquer aux élèves des pratiques d'hygiène telles que le lavage des mains après les besoins. Cela a permis un gain de temps énorme, parce que les enfants font désormais leurs besoins au sein de l'établissement et n'ont plus besoin d'en sortir ». Il ajoute que « cela garantit leur sécurité, en leur évitant d'aller en pleine nature, dans les herbes, pour leurs besoins. Cela les exposait à des dangers comme des attaques de serpents et autres reptiles ».
➜ L'importance de la coordination du programme sur place
Mandaté par Forages Mali pour s'assurer du bon respect des délais de réalisation des travaux ainsi que des références techniques des ouvrages, le cabinet A.Bocoum présent localement, a servi de « lien » avec les autorités locales et a facilité les échanges d'informations.
➜ Une demande de systèmes d'adduction à pompes à énergie photovoltaïque
La mission menée en novembre 2017 a pu constater l'intérêt des populations pour le système SHVA (système hydraulique villageoise améliorée), un système qui a été introduit dans le programme Koulikoro 2 pour 2 villages. Doté d'une pompe électrique, d'un château d'eau de 5 à 10m3, de panneaux photovoltaïques, d'un compteur et d'une rampe de robinets, le SHVA nécessite toutefois un débit minimum (9m3/h).

En cours : le programme Ségou 1

Un programme de l'association est actuellement en cours dans la région de Ségou : le Ségou 1 (S1). Celui-ci, qui a démarré début décembre 2017 et qui sera réceptionné en 2018, devrait permettre à plus de 12 300 villageois de cette zone rurale d'accéder à l'eau potable. Comment ? En équipant 10 villages en PMH (Hydro Vergnet), 3 bourgs importants en SHVA (réservoir, distribution par robinets et énergie photovoltaïque) ainsi qu'en construisant et en organisant l'entretien de 5 blocs de latrines aux standards Unicef dans des lieux publics.
Le budget global de ce programme s'élève à 310 000 €, cofinancé par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, la Métropole du Grand Lyon et la région Pays de Loire. La ville d'Alençon et le Conseil Départemental 61 y ont également été associés.

La région de Ségou a été considérée comme prioritaire par la DNH malienne : « La priorité est de doter tous les villages d'au moins un point d'eau moderne pour 400 habitants », selon Fatoumata Cissouma, Directrice régionale de l'hydraulique.
À suivre !


Daniel Cadeau
Forages Mali
Email:
dcadeau@wanadoo.fr
Site internet: www.associationforagesmali.org

AE Loire-Bretagne - Orléans - France
AE Seine-Normandie - Nanterre - France
Cabinet A.Bocoum - Bamako - Mali
CD 61 - Alençon - France
CD 72 - Le Mans - France
Commune de Nyamina - Nyamina - Mali
Commune de Sakoiba - Sakoiba - Mali
DRH - Ségou - Mali
Foraco - Bamako - Mali
Forages Mali - Alençon - France
Grand Lyon - Lyon - France
Région Pays de la Loire - Nantes - France
SINERGIE - Bamako - Mali
Ville d'Alençon - Alençon - France
Ville d'Arnage - Arnage - France
 

PMH (pompe à motricité humaine), village de Kobougou [© Forages Mali]

Système SHVA, village de Kognini [© Forages Mali]
 

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