retour imprimer © Lettre du pS-Eau 83 de Jun 2017

Niger: en zone rurale: Une stratégie municipale en œuvre pour Dankassari !


[© RAEDD]

Les communes de Cesson-Sévigné et de Dankassari, en coopération décentralisée depuis 2009, ont fait de l'accès à l'eau et l'assainissement un des axes de leur collaboration. A partir des outils d'aide à la programmation de la politique sectorielle, des partenaires ont pu être mobilisés pour un programme hydraulique pluri annuel remarqué.

La commune rurale de Dankassari, située dans le département de Dogondoutchi, est une jeune entité qui a été créée en 2004. Elle comporte une cinquantaine de villages et une population estimée à 94 400 personnes en 2017, en augmentation rapide (3,9% par an).
La coopération décentralisée entre Cesson-Sévigné et Dankassari a été mise en place en 2009 à la suite d'une demande écrite provenant du Maire de Dankassari. La mise en œuvre des activités est co assurée par l'association Échanges solidaires Cesson Dankassari (AESCD) et au Niger, par l'ONG Réseau d'actions éducatives pour un développement durable (RAEDD), en étroite concertation avec la Mairie de Dankassari. Le RAEDD et l'AESCD travaillent ensemble dans le cadre du réseau franco-nigérien Tarbiyya-Tatali. Le RAEDD a nommé un responsable de la coopération décentralisée, Mamane Chadaou, qui envoie un rapport mensuel détaillé à l'AESCD.

Période 2010–2013

Après une réparation de la mini AEP de Dankassari grâce au soutien des étudiants de l'INSA de Rennes et la mise en place d'un point d'eau autonome à Lougou, cofinancé par l'état nigérien, une étude diagnostique des ouvrages hydrauliques de la commune rurale de Dankassari a été menée par le Service hydraulique départemental. Elle a montré que le taux d'accès à l'eau potable n'était que de 52%, que la commune ne disposait d'aucun personnel chargé de l'hydraulique et que de nombreux équipements (mini-adductions d'eau potable, forage, puits) étaient déficients ou sous-dimensionnés.

Après concertation entre le Maire de Dankassari, M. Hassimou Abarchi, le service hydraulique de l'État et le RAEDD, un plan hydraulique communal a été adopté. Il comprenait des propositions en matière de :
• Formation des gestionnaires et personnes chargées de l'entretien, réparateurs,
• Ciblage des villages dont les équipements doivent être réparés ou améliorés en priorité,
• Formalisation des conventions de gestion entre la commune et des comités de gestion des points d'eau.
Période 2014–2017

En janvier 2014, la commune de Dankassari a mis en place un service municipal eau et assainissement, dont le budget est alimenté par les redevances versées par les gestionnaires des mini-AEP, et a recruté son responsable, M. Maman Elhadji.
Ces deux premières phases de mise en œuvre du plan hydraulique communal ont permis de mener les actions suivantes :

Renforcement des instances de gestion

Lors de ces deux premières phases, les comités de gestion de 85 points d'eau ont bénéficié de formations, bénéficiant ainsi à une population concernée de plus de 30 000 personnes. 85 comités de gestion de points d'eau (CGPE) de 5 personnes, soit 375 personnes (dont 47% de femmes) ont été formées à la gestion des points d'eau lors de sessions de 4 jours durant lesquelles leur sont présentés la législation en vigueur, les principes d'une bonne gestion et les outils à mettre en place. Une sensibilisation à l'hygiène fait partie intégrante de la chaque session collective de 25 à 30 personnes. Ces sessions ont été assurées par le service municipal eau assainissement de la commune en coopération avec le RAEDD.
Pour l'entretien des forages, 170 personnes chargées de la veille technique et de l'entretien des équipements hydrauliques (deux par point d'eau) ont été formées lors de sessions de formation théoriques et pratiques de 3 jours, en groupes d'une vingtaine de personnes. Chacun des 85 forages a été équipé d'une trousse à outils. Pendant les exercices pratiques, l'état de forages a pu être diagnostiqué et pour certains réparé.
Une journée de signature de conventions entre la Mairie de Dankassari et les 85 CGPE formés a eu lieu le 9 février 2017. Elle a regroupé 170 personnes (un homme et une femme par point d'eau). À cette occasion le maire de Dankassari, le responsable du RAEDD, le responsable départemental de l'hydraulique, et le secrétaire de la mairie sont intervenus pour énumérer les activités de la coopération et les résultats obtenus.
Volet infrastructures

• Les mini-AEP apportent un « confort » plus important aux habitants que les puits et les forages et sont une solution améliorée au problème d'accès à l'eau dans les villages.
Le renforcement de la mini-AEP du village de Dankassari, chef-lieu de la commune (6 000 habitants) a pu être réalisé. De même, la réparation de la mini-AEP du village de Dogontapki (4 000 habitants), a pu être assurée, sur financement de l'État nigérien. La panne de la mini-AEP avait pour conséquence le retour de l'approvisionnement de la population à une mare boueuse où buvaient les animaux.
• La Commune de Dankassari, composée de nombreux villages parfois très proches, présente beaucoup de potentialités pour des AEP multi-villages. La mini-AEP multi-village de Bawada Guida réalisée a permis ainsi d'équiper 4 villages dans un rayon de 5 km autour d'un seul forage pour une population concernée supérieure à 5 500 habitants.
• La stratégie consistant à réhabiliter en priorité les forages existants a été retenue. Neuf forages sur un total de 73 identifiés ont pu être repris au bénéfice de 8 000 personnes.
• 7 puits ont également été réhabilités (sur 77) pour 9 200 personnes concernées, ont été choisis par le maire en concertation avec les services hydrauliques municipaux et le RAEDD.

Bilan, difficultés et solutions

Grâce aux actions menées et aux interventions d'autres partenaires, le taux d'accès à l'eau potable est passé de 52% à 58,45% à Dankassari malgré une augmentation très rapide de la population. Autrement dit le nombre de personnes bénéficiant d'une couverture en eau satisfaisante est passé de 40 000 à 55 000 environ. Les formations ont pour conséquence un changement de mentalité, la population est beaucoup plus attentive à bien entretenir les équipements hydrauliques et à les réparer ou les faire réparer rapidement en cas de panne.
La difficulté principale est l'impossibilité pour les membres de l'AESCD de se rendre sur place, vu les problèmes de sécurité actuels au Niger, et l'attitude prudente de la Mairie de Cesson-Sévigné et de l'Ambassade de France. La solution a été trouvée avec des visites annuelles à Niamey de membres de l'AESCD et des rencontres avec l'équipe de Dankassari dans la capitale et surtout avec des rapports mensuels détaillés, ainsi que des rapports de formation. Une excellente interaction fonctionne entre le service hydraulique départemental, la Mairie de Dankassari, le RAEDD et l'AESCD.

À partir de 2017, une troisième phase d'intervention est proposée, avec pour partenaires l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, la région Bretagne, Eau du bassin rennais ainsi que l'État nigérien. Le projet comportera l'approfondissement de la formation des femmes hygiénistes et trésorières des CGPE, la mise en place d'une mini-AEP multi-village, la mise en place de puits ainsi que la réhabilitation de 10 forages et de 7 puits.


Marie-Françoise Roy
AESCD - Association Échanges solidaires Cesson Dankassari
Email:
marie-francoise.roy@univ-rennes1.fr
Site internet: www.tarbiyya-tatali.org

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RAEDD - Dogondoutchi - Niger
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