retour imprimer © Lettre du pS-Eau 75 de Sep 2014

L'eau et l'assainissement à Nouakchott: Un service public adapté aux quartiers périphériques


[© Eauservice]

Grâce à une coopération décentralisée associant la région Ile-de-France, l'entreprise helvète Eauservice et dix-sept communes suisses fédérées par la ville de Lausanne, les autorités de Nouakchott bénéficient d'un large soutien technique et institutionnel pour développer un véritable service public d'eau et d'assainissement dans les quartiers périphériques de la ville.

Plus d'un million d'habitants, soit près de la moitié de la population urbaine du pays, vit à Nouakchott, capitale de la Mauritanie. La ville croît sans cesse, engendrant l'extension rapide des quartiers périphériques, composés en grande partie de logements informels (kébbés) qui compliquent le développement des services publics dans ces zones.

L'accès à l'eau à Nouakchott est empreint d'inégalités. Non desservis par branchement domiciliaire, près de 80 % de la population s'approvisionnent à des points d'eau de qualité insuffisante ou auprès de revendeurs d'eau informels (charretiers ou camions citernes). Le recours à ces intermédiaires induit une hausse du coût de l'approvisionnement pour une eau de qualité souvent médiocre. Ceci est particulièrement vrai pour les populations vivant dans les quartiers les plus éloignées du réseau. Du fait de la pénurie et de la cherté, accentuées durant les périodes de sécheresse, les deux tiers de la population vivent avec moins de 25 litres d'eau par jour et par personne.

Pour les 9 communes qui la composent, c'est la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN) qui exerce la gestion des services publics tels que l'alimentation en eau.
Jusqu'en octobre 2010, Nouakchott n'était alimentée qu'à partir de l'aquifère d'Idini. L'eau ainsi captée à longue distance était distribuée par le biais de 900 km de canalisations appartenant à la Société nationale de l'eau (SNDE). Seuls 21  % des ménages étaient directement approvisionnés.

Depuis octobre 2010, le projet Aftout Es Saheli1 apporte 70 000 m3 d'eau supplémentaires grâce au pompage et au traitement des eaux de surface du fleuve Sénégal, situé à 170 km.
La mobilisation de la ressource en eau est maintenant satisfaisante, mais l'extension du réseau pour la distribuer jusque chez les consommateurs des quartiers périphériques nécessite de nouveaux investissements. C'est ce contexte qui a conduit les autorités à agir.

Genèse d'un partenariat tripartite
En octobre 2009, un partenariat entre la ville de Lausanne, en Suisse, et la communauté urbaine de Nouakchott (CUN) voit le jour. Il a pour but de renforcer les capacités des structures locales de gestion et de financer la réalisation d'infrastructures en eau potable. Les collaborateurs de l'entreprise suisse Eauservice (distributrice de l'eau à Lausanne) sont sollicités pour fournir un appui technique, méthodologique et organisationnel.

De son côté, la région Île-de-France entretient depuis 2002 une coopération décentralisée riche et dynamique avec la communauté urbaine de Nouakchott. Cette coopération s'applique à de multiples domaines : aménagement du territoire, santé, insertion professionnelle des jeunes, culture, etc. Le Programme d'appui à la maîtrise d'ouvrage communale et communautaire (PAMOCC) est une composante essentielle de cette coopération.

C'est dans ce cadre que, dès 2009, la région Île-de-France a soutenu le Projet d'amélioration de l'accès à l'eau (PAAE). Pour développer les capacités de maîtrise d'ouvrage de son partenaire, la Région a appuyé, en partenariat avec le Gret, la création de la Cellule « Etudes et projets » de la CUN, qui a ainsi exercé ses premières missions de maîtrise d'ouvrage dans le domaine de l'eau au travers du PAAE. Deux ans plus tard, en 2011, la région Île-de-France s'est associée au Projet Communautaire pour l'Accès à l'Eau (PCAE), dont l'ambition concourt à l'amélioration des services publics urbains et à la maîtrise d'ouvrage de la CUN.

Le Projet d'Amélioration pour l'Accès à l'Eau (PAAE), premier projet réalisé dans le cadre du partenariat entre Lausanne et la CUN, s'est déroulé entre octobre 2009 et mars 2011. Durant cette période, ont été réalisés la pose de 1 800 m de conduites, la construction de trois bornes-fontaines, la réhabilitation de cinq autres de type château d'eau, le financement de trois camions citernes ainsi qu'un camion vidangeur de boue. Les camions citernes servent à distribuer de l'eau dans les quartiers dépourvus de réseau et le camion vidangeur à évacuer les eaux stagnantes en période d'hivernage. Grâce à ces équipements, 17  400 personnes bénéficient aujourd'hui d'un accès à l'eau potable. Au vu des résultats obtenus par le Projet d'amélioration pour l'accès à l'eau (PAAE) et du bon déroulement de la première phase du partenariat, un second projet a été élaboré : le Projet Communautaire pour l'Accès à l'Eau (PCAE).

A l'issue des quatre années d'exécution (2011 à 2014), le PCAE devrait toucher 100 000 personnes. Son objectif est similaire à celui du PAEE : améliorer l'accès à l'eau des populations des quartiers défavorisés, notamment une partie du quartier de Tahril, sur la commune de Ryad, une zone en pleine expansion. Mais les réalisations prévues sont de plus grande ampleur : extension du réseau de plus de 50 km, construction de quatre-bornes fontaines, raccordement de 35 000 personnes, sensibilisation aux questions liées à l'eau et diffusion de bonnes pratiques en matière d'assainissement.
Le montant du budget du PCAE est de 1,4 million €. Outre Lausanne et les communes romandes précitées qui participent à hauteur de 725 000 € (50,4 %), la région Ile-de-France contribue à hauteur de 203 000 € (14,1%). La CUN investit 178 000€ (12,4 %) et la DDC 331 000€ (23 %). Dores et déjà, 100 % du linéaire a été posé et 3 bornes-fontaines sur 4 sont construites. Une partie du réseau mis en eau a été inaugurée le 20 mai 2014 en présence des autorités et de toutes les parties prenantes. Il reste néanmoins à effectuer la grande partie des branchements sociaux subventionnés par le projet qui apporteront l'eau aux populations directement dans leur parcelle.
A Nouakchott, les actions du projet sont supervisées par le service de l'Environnement de la CUN. Une assistante d'Eauservice contribue au renforcement technique, méthodologique et organisationnel du service. Un représentant de la région Île-de-France participe à son renforcement institutionnel.

Au delà des résultats, de nouveaux défis
Ces cinq années de collaboration entre la CUN et ses trois partenaires sont un succès. En décembre 2013, le président de la CUN, M. Ahmed Hamza, a attribué le « Titre de meilleur projet de la CUN » aux deux projets « Eau » réalisés dans le cadre du partenariat entre la ville de Lausanne, les communes suisses associées et la région Île-de-France.

La coopération décentralisée entre Lausanne (représentant des 17 communes suisses associées) et Nouakchott fait véritablement office de modèle de partenariat public-public réussi. Les communes suisses montrent l'exemple  ; elles encouragent leurs localités voisines et les services des eaux à se lancer sur la voie de la solidarité. Au niveau international, cette expérience a été présentée au sixième Forum mondial de l'eau à Marseille en mars 2012, et au Forum d'Oujda, organisé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) au Maroc en octobre 2012. Le projet a été mentionné par Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral, devant 50 ministres de l'économie à la réunion de haut niveau (High Level Meeting) du Sanitation Water For All au siège de la Banque mondiale à Washington en avril 2014. Ces communications assurent la visibilité du projet et de ses partenaires.

Une des thématiques qui tient à cœur à tous les partenaires est le renforcement du service de l'Environnement de la CUN. Les partenaires travaillent à la création d'un système de management (au sens de la norme ISO 9 001) dans le but préalable de définir clairement la mission et la stratégie de ce service. Il s'agirait également de créer une carte des processus et un manuel des procédures.
En matière de gestion de l'eau, la CUN va devoir relever de nouveaux défis. La Société Nationale de l'Eau (SNDE) a obtenu des financements pour la réhabilitation du réseau ancien du centre-ville et pour son extension dans une partie des zones périphériques. Il faudra du temps avant que tous les habitants ne soient raccordés au réseau d'eau de la ville. Dans cette attente, les solutions alternatives de distribution de l'eau vont perdurer (bornes-fontaines, camions citernes ou charretiers). Le plus important pour la CUN sera de contrôler les revendeurs d'eau, notamment les gérants de points d'eau, pour s'assurer durant cette période que l'eau distribuée à la population soit de bonne qualité. Dans cette optique, un des objectifs du Service de l'Environnement est d'appuyer les communes pour qu'un contrat soit signé entre les mairies et les gérants des bornes-fontaines obligeant notamment ces derniers à respecter les règles d'hygiène.

Une fois le réseau terminé, sa gestion sera confiée à la SNDE, dont la mission demeure la production et la distribution de l'eau en milieu urbain en Mauritanie. Il lui faudra assurer la pérennité du réseau grâce à une maintenance efficace. En 2011, un protocole d'accord avait été signé entre la CUN et la SNDE, qui prévoyait d'impliquer celle-ci à toutes les étapes clés du projet. A l'invitation de la CUN, la SNDE a effectivement participé avec l'entreprise de pose des conduites aux réunions bimensuelles de suivi de chantier. Actuellement, Lausanne et la SNDE sont en train de définir un cadre de collaboration. La municipalité suisse pourra ainsi appuyer la SNDE par les techniciens de Lausanne, dans leurs divers domaines de compétences.

Autre domaine majeur : l'assainissement
Le gouvernement mauritanien, qui a pris conscience de l'urgence de la situation, vient d'obtenir un prêt de la coopération chinoise pour la réalisation de la premiè-re phase du schéma directeur d'assainis-sement de Nouakchott, qui prévoit la création d'une station d'épuration et d'un réseau d'évacuation des eaux usées et pluviales dans trois communes centrales de Nouakchott.
Il faut espérer que l'atelier d'assainissement organisé par la CUN apportera des pistes de solutions pour les communes qui ne seront pas couvertes par ce réseau.

Au vu des besoins réels en eau et assainissement des quartiers périphériques de Nouakchott, les partenaires élaborent actuellement une nouvelle phase de projet post 2014. La région Île-de-France entend associer des acteurs de son territoire aux prochaines phases d'intervention, tout particulièrement l'agence de l'eau Seine-Normandie. De son côté, Lausanne continue à communiquer sur le travail réalisé à Nouakchott afin de garder, dans les années à venir, le soutien des 17 communes romandes, mais également d'en motiver de nouvelles à se joindre à cet ambitieux partenariat.


Abdellative Ould Mohamed Abderrahmane
CUN
Email:
Abdellative@yahoo.fr

Vanessa Fakhry
Eauservice
Email: Vanessa.Fakhry@lausanne.ch

Arnaud Huré
Région Ile-de-France
Email: arnaud.hure@iledefrance.fr

Eau Service - Lausanne - Suisse
OSPUN - Nouakchott - Mauritanie
Région de Nouakchott - Nouakchott - Mauritanie
Région Ile-de-France - Saint-Ouen - France
 

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Inauguration du réseau d'alimentation en eau dans un quartier périphérique
de Nouakchott [© Eauservice]
 

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