retour imprimer © Lettre du pS-Eau 73 de Dec 2013

Une initiative de l'IRC au Burkina Faso

Le monitoring, un outil de maîtrise d'ouvrage pour les communes rurales


[©S. Münzer]

Triple-S (Sustainable Sanitation at Scale) est une initiative de l'IRC (Centre international pour l'eau et l'assainissement) qui vise à promouvoir la pérennité des services d'eau en mettant l'accent, au-delà de la construction d'équipements, sur la fourniture de services fiables et viables. Au Burkina Faso, Triple-S accompagne huit communes rurales de la région du Sahel pour mettre en œuvre un mécanisme local de suivi des services.

Depuis 2000, le Burkina Faso dispose d'un nouveau cadre règlementaire de gestion des services publics d'eau potable en milieu rural et semi-urbain, communément appelée La Réforme. Selon cette réforme, la municipalité est désormais maître d'ouvrage. Elle coordonne toutes les activités à l'échelle communale et contracte avec les fournisseurs de services. Elle signe des conventions de délégation de gestion des forages équipés de pompe à motricité humaine avec les associations d'usagers de l'eau (AUE).

Dans les communes dotées d'un système d'adduction d'eau potable simplifié (AEPS), la mairie signe des contrats avec des opérateurs chargés de l'exploitation, de même pour la maintenance et l'entretien des pompes à motricité humaine. Les associations d'usagers de l'eau signent quant à elles, pour chaque forage, des protocoles d'opérations avec des gestionnaires. Censé garantir de meilleurs services aux usagers par la responsabilisation des acteurs locaux, ce nouveau cadre peine à faire ses preuves à cause d'un suivi-accompagnement déficient au niveau des municipalités.

La première phase de Triple-S a consisté en un diagnostic des performances des services d'eau dans les 8 communes concernées : Mansila, Gorgadji, Titabé, Arbinda, Seytenga, Markoye, Tankougounadié et Dori. Les recherches se sont focalisées sur :
• les performances des structures en charge de la gestion des services d'eau : comment les rôles et les responsabilités prévus dans le cadre de la réforme sont exercés ;
• la qualité des services fournis aux usagers : quantité et qualité de l'eau consommée, accessibilité et fiabilité des ouvrages ;
• les coûts de fourniture des services et l'efficacité des mécanismes de recouvrement.

Le recours aux points d'eau traditionnels demeure
Le diagnostic mené par IRC en 2011 a souligné de nombreux dysfonctionnements. Sur un échantillon de 210 AUE dans les huit communes, seules trois AUE satisfont tous les critères de conformité à la règlementation. L'analphabétisme est le critère le plus disqualifiant. Le cadre règlementaire stipule que les membres clés du bureau exécutif de l'AUE doivent être lettrés ou alphabétisés : 163 AUE ne sont pas conformes à ce critère.

Une étude sur les niveaux de services d'eau potable conclut que l'écrasante majorité des 3 000 usagers dans 24 villages des huit communes ont un service inadéquat. Bien que presque tous les villages aient un taux de couverture supérieur à 50 %, le nombre d'habitants bénéficiant d'un service conforme aux normes nationales oscille entre 0 et 2 %.
L'écart entre la qualité de service observée et les taux d'accès des statistiques nationales s'explique principalement par la non-utilisation des points d'eau formels par les villageois (la majorité continue de s'approvisionner aux sources non améliorées, quel que soit le taux de couverture) et la faible quantité d'eau prélevée par les usagers des points d'eau (inférieure à 20 litres par jour et par personne).

De leur côté, les communes, qui veillent au bon fonctionnement du dispositif de gestion des services, peinent à assurer le suivi de tous les acteurs. Les associations des usagers de l'eau en sont les premières victimes. L'AUE du village de Gorgadji est emblématique, où tout le dispositif de gestion est en difficulté, entraînant la panne de plusieurs ouvrages. Les AUE ne parviennent pas à jouer leur rôle, les usagers sont exaspérés… « Selon les textes nous devons réparer les pompes en panne mais nous n'avons pas les moyens. Actuellement nous avons 4 forages sur 17 qui ne fonctionnement pas depuis de longs mois », se désole Mariam Sawadogo, présidente de l'AUE du village de Gorgadji.

Adapter l'offre à la demande
Elle poursuit : « Les usagers doivent cotiser pour le prélèvement de l'eau au forage mais il ne le font pas régulièrement  ». A Gorgadji, l'eau est vendue au volume, comme aux bornes-fontaines en ville. A cause des multiples pannes, les ventes, trop faibles, ne génèrent pas les recettes nécessaires à la réparation des pannes.

Les résultats de ce diagnostic ont conduit à retenir comme prioritaire la mise en place d'un dispositif de monitoring des services au niveau des communes. Les autorités communales ne disposent en effet d'aucun mécanisme rigoureux pour s'informer des performances des services d'eau et prendre les décisions appropriées en cas de problèmes. Les seules informations disponibles concernent les investissements à réaliser annuellement pour améliorer le taux de couverture. « L'Etat fait des efforts ; il met à notre disposition des finances pour l'approvisionnement en équipements, mais son soutien ne prend pas en compte toutes les activités de suivi-accompagnement des acteurs de la mise en œuvre » regrette Mamadou Maïga, le maire de la commune d'Arbinda.

Par ailleurs, le diagnostic révèle l'inadéquation de l'offre et de la demande. L'offre de service, très standardisée en milieu rural, répond le plus souvent de manière inappropriée aux modes de vie de certaines communautés (saisonnalité, activités de subsistance, périodicité des revenus, etc.). Seul un suivi régulier permettrait d'ajuster progressivement l'offre du service aux besoins des populations. C'est pourquoi Triple-S s'est engagé à accompagner les communes dans la mise en place d'un mécanisme de monitoring des services sur leur territoire.

La seconde phase du projet consistera à expérimenter la mise en œuvre d'un tel dispositif dans deux municipalités (Arbinda et Gorgadji). Celui-ci mobilisera la direction régionale de l'Eau, des Aménagements hydrauliques et de l'Assainissement (DREAHA), le service d'Etat chargé de l'accompagnement des communes. La participation de la DREAHA assurera la pérennité du dispositif au-delà du projet et sa réplication dans d'autres communes de la région. En parallèle, des réflexions seront engagées pour améliorer les connaissances sur la demande en eau et sur les meilleurs moyens d'y répondre. Les résultats de l'ensemble du projet seront présentés au niveau national afin de valoriser la démarche dans les stratégies sectorielles.


Nourou-Dhine Salouka
IRC
Email:
salouka@irc.nl

Juste Hermann Nansi
IRC
Email: nansi@irc.nl

IRC - Den Haag - Pays Bas
IRC - Ouagadougou - Burkina Faso
 

[©S. Münzer]

Pompe à pied villageoise dans la région de Bobo-Dioulasso.
 

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