retour imprimer © Lettre du pS-Eau 73 de Dec 2013

Mutualiser le suivi pour une meilleure rentabilité

Les petits réseaux d'eau potable en Afrique de l'Ouest

En Afrique francophone, les petites villes (de 20 000 à 50 000 habitants) ne bénéficient ni de l'expérience ni des compétences d'un distributeur d'eau potable d'envergure nationale. Les défis auxquels elles sont confrontées sont pourtant du même ordre : garantir le bon fonctionnement et la pérennité des équipements, maintenir l'équilibre économique du service, en respectant la transparence, répondre aux exigences sociales et environnementales.

Les petites villes africaines disposent d'expertises locales avérées en matière de gestion de réseaux d'eau potable. Elles connaissent cependant des faiblesses récurrentes : compétences insuffisantes de l'exploitant du réseau (le plus souvent un délégataire de statut privé, associatif ou non), difficultés du maître d'ouvrage (très souvent la commune) à contrôler son délégataire, recouvrements des coûts insuffisants auprès de certains usagers, cadre contractuel qui ne fixe pas assez précisément les responsabilités de chaque acteur, manque de transparence sur les comptes du service, etc. Au final, les services d'eau des petites villes se caractérisent souvent par une fragilité qui menace leur pérennité.

Pour améliorer la qualité et la durabilité du service, certains pays ont mis en place des mécanismes de suivi rigoureux qui consistent à :
– collecter (une à deux fois par an) des données techniques, économiques, financières, organisationnelles, institutionnelles, etc., liées à la gestion du service ;
– analyser la performance de la gestion du réseau sur la base de critères objectifs et rigoureux ;
– et enfin restituer les résultats obtenus, assortis de recommandations.

Les résultats sont ainsi communiqués aux usagers, à l'exploitant et au maître d'ouvrage. Mais ces acteurs ont chacun des attentes spécifiques, parfois divergentes. Pour garantir la neutralité, c'est à un acteur extérieur au service que sont généralement confiées les trois activités de suivi (la collecte d'informations, leur analyse et leur restitution). Son statut, public ou privé, varie selon les pays.

Un facteur d'économie
Le suivi du service de l'eau nécessite une forte expertise technique et économique, ainsi que des déplacements réguliers dans les petites villes situées dans des zones parfois très enclavées. Le suivi a donc un coût. Au Mali, au Niger et au Tchad, les trois pays qui ont l'expérience la plus ancienne et la plus durable en la matière, ce coût est répercuté sur le prix de l'eau pour un montant compris entre 0,03 et 0,09 €/m3, soit 5 à 10 % du coût de revient du service.

Ce coût, additionnel dans un premier temps, est presque toujours compensé par une économie pour les usagers car le suivi régulier du service réduit les coûts d'exploitation. Les exploitants et les communes, qui trouvent un intérêt évident dans cette prestation, ne s'y trompent pas. Pour atteindre un coût acceptable du suivi (inférieur à 10 % du coût global du service), un même prestataire assure le suivi de tous les réseaux d'une même région. Ce principe de mutualisation est une des clés de la viabilité économique de la prestation, quel que soit son mode de financement.

Les bénéfices générés par un dispositif de suivi sont nombreux. La première plus-value est la réduction du nombre et de la durée des ruptures d'alimentation en eau. Les recommandations formulées auprès du délégataire de gestion par les audits techniques améliorent en effet l'entretien et la maintenance des équipements ; en cas de panne, le prestataire de suivi peut établir un diagnostic à distance et faciliter ou accélérer la livraison de pièces de rechange.

Un autre apport significatif du suivi est l'amélioration des équilibres financiers du service, d'une part grâce à la baisse des coûts d'exploitation et, d'autre part, grâce à l'amélioration des taux de recouvrement des factures auprès des usagers. De manière presque systématique, le suivi du service de l'eau dans les petites villes est un investissement rentable qui économise plus qu'il ne coûte.

Un outil de renforcement des compétences
Dans des zones rurales précaires, où les communes ont des capacités fiscales limitées, le réseau d'eau potable est souvent le seul système productif qui génère des volumes financiers conséquents. L'épargne des petits réseaux pour le renouvellement des équipements devient rapidement l'ob-jet de tensions et de convoitises. Dans ces contextes, le suivi permet d'augmenter et de sécuriser l'épargne sur des comptes bancaires, fréquemment à double signature (celles du maître d'ouvrage et de son délégataire).

Le suivi est également un puissant outil de pédagogie : en restituant l'information au-près de chacun des acteurs, il améliore la compréhension des enjeux du service de l'eau. En particulier auprès des usagers, il rappelle régulièrement la nécessité de payer le service au juste prix, explique ce à quoi sert l'argent de l'eau (financement des charges de fonctionnement et de renouvellement) et facilite l'acceptation d'une hausse éventuelle des tarifs.
Le suivi donne également du pouvoir aux usagers : pouvoir d'exprimer leurs attentes en termes d'amélioration du service, pouvoir aussi de sanctionner, en concertation avec le maître d'ouvrage, un exploitant défaillant ou aux pratiques abusives.

Enfin, le suivi est un outil de transparence et d'aide à la résolution des conflits. Les restitutions publiques renvoient chacun des acteurs à leurs obligations et le dialogue instauré s'appuie sur des indicateurs de performance non contestables qui rationalisent les débats.

Au final, dans les environnements structurellement fragiles des petites villes, le suivi renforce les capacités des différents acteurs du service de l'eau : il améliore progressivement les connaissances et compétences de l'exploitant, il renforce la commune dans sa maîtrise des indicateurs de performance lui permettant de déceler les défaillances du service et de les sanctionner, il informe les usagers sur la viabilité du service pour lequel ils paient.


Denis Desille
pS-Eau
Email:
desille@pseau.org

Daniel Faggianelli
Acqua Oing
Email: daniel.faggianelli@wanadoo.fr

Acqua Oing - Solenzara - France
pS-Eau - Paris - France
 

Le suivi du service réduit le nombre et la durée des coupures d'alimentation.
 

©Lettre du pS-Eau 73 de Dec 2013

   © pS-Eau 2022