retour imprimer © Lettre du pS-Eau 71 de Dec 2012

Le niveau régional: Une échelle stratégique pertinente, mal prise en compte

Le programme SMC s'est intéressé à la problématique des petites villes qui constituent une « zone grise » et renvoie à de nombreuses problématiques sans solutions précises en matière de financement, de formation et d'appui-conseil. La région semble constituer une échelle d'intervention pertinente, parce qu'elle permet de mutualiser des services et des outils qui ne pourraient pas exister de manière durable au niveau de chaque petite ville ; et aussi parce qu'au niveau régional, les acteurs peuvent construire un échelon viable de coopération et de coordination.

Dans les petites villes, la gestion communautaire des services d'eau et d'assainissement montre souvent ses limites quand il s'agit de gérer des ouvrages complexes et d'offrir aux usagers des services plus “urbains“ (service 24 h/24, branchement privé, etc.).

Dans le même temps, les petites villes n'ont pas la taille critique pour permettre aux maîtres d'ouvrages et aux exploitants d'accéder facilement aux ressources financières et humaines, ou pour intéresser les opérateurs qui interviennent en milieu urbain.

Dans la plupart des pays africains, deux tendances ont marqué le paysage institutionnel du secteur eau et assainissement au cours des dix dernières années : une décentralisation plus prononcée, incluant les services d'eau et d'assainissement ; et la mise en place d'ambitieux programmes d'investissement au niveau national. Les stratégies et politiques publiques font donc aujourd'hui la part belle au niveau national et au niveau local sans qu'une véritable réflexion soit développée sur l'articulation entre les deux niveaux et sur l'intérêt d'un niveau intermédiaire.

Pourtant, lorsqu'on analyse le positionnement géographique typi­que des acteurs de l'eau et de l'assainissement dans un pays donné, on observe le plus souvent un paysage d'acteurs duquel se dégage clairement un “niveau régional“, où les collectivités territoriales, les services techniques, le secteur privé et la société civile jouent un rôle prépondérant. Il s'agit d'un niveau intermédiaire entre le niveau central, où s'élaborent les politiques et stratégies, et le niveau local où l'enjeu est la fourniture des services.

Ce niveau régional, grand oublié des politiques publiques, offre pourtant une valeur ajoutée évidente sur quatre aspects principaux : la région correspond à une échelle maîtrisable (de l'ordre d'un million d'habitants) ; c'est le niveau adéquat pour faire des économies d'échelle, notamment pour la gestion des petits réseaux d'adduction d'eau potable ; c'est le lieu pour articuler le local (et notamment le communal) et le national ; c'est l'échelle pertinente pour coordonner les acteurs non gouvernementaux.

Financement, appui-conseil, formation, des attentes fortes
Le travail mené dans le cadre du programme SMC dans trois régions d'Afrique de l'Ouest (Mopti au Mali, Brong Ahafo au Ghana, Centre-Est au Burkina Faso) met en évidence que les enjeux du niveau régional pouvaient se regrouper en trois grandes familles.

En premier lieu, c'est l'accès au financement qui pose problème. Les collectivités locales investissent très peu dans l'eau et l'assainissement car leur capacité d'autofinancement sont réduites. Les dotations de fonctionnement des services déconcentrés demeurent très faibles, ce qui les empêche d'intervenir en dehors du cadre des projets. Les banques ne s'impliquent pas du tout dans le financement du secteur, malgré le fait que certains exploitants sont en bonne santé financière. Enfin, les coûts de fonctionnement varient fortement d'une petite ville à l'autre et, sauf exception, il n'existe pas de solidarité organisée à l'échelle régionale.

De manière générale, l'appui-conseil constitue également un enjeu majeur. D'une part, il existe un énorme besoin d'appui en direction des exploitants locaux, pour accélérer leur professionnalisation, pour assurer un minimum de régulation et pour faire du benchmarking sur l'ensemble des petites villes. Sur l'eau potable autant que sur l'assainissement et l'hygiène, les communes expriment un besoin non moins considérable ; ce besoin est accentué par la rotation régulière des équipes municipales. Quant aux services techniques, ils nécessitent eux aussi un appui pour développer de nouveaux outils et adapter leurs ressources humaines aux nouvelles demandes.

Au delà de l'appui-conseil, c'est la formation qui constitue un enjeu fondamental. Même si l'offre existe dans ce domaine, elle souffre de lacunes. Elle est décalée par rapport aux besoins (surtout ceux des communes et des exploitants), mal coordonnée sur le plan régional (trop d'offres sur trop peu de thèmes), très mal répartie dans le temps (parce que trop liée aux projets et programmes) et aussi très mal répartie sur le plan géographique (communes orphelines).
Cette situation, illustrée par le tableau 1, conduit à des attentes fortes des grandes catégories d'acteurs régionaux.

Des pistes d'action testées avec succès
Le guide SMC 2, Créer une dynamique régionale pour améliorer les services locaux d'eau potable et d'assainissement dans les petites villes africaines, propose deux outils pour mieux explorer les potentialités de l'échelle régionale :
– une méthode de diagnostic des services d'eau potable et d'assainissement à l'échelle d'une région, suivant un processus inclusif de tous les acteurs et qui débouche sur une stratégie régionale. Cette méthode a été testée avec succès dans les trois régions concernées par ce volet du programme SMC ;
– des exemples d'actions spécifiques qui peuvent être menées à l'échelon régional, dont certaines ont déjà été testées dans certains pays (c'est le cas des fédérations d'associations d'usagers au Sénégal ou au Burkina Faso, des systèmes de suivi technique et financier au Mali et au Niger, etc.).

Il serait trop long de détailler ici les outils de diagnostic et les fiches actions contenus dans le guide vers lequel nous renvoyons le lecteur. Résumons simplement (cf. tableau 2) les idées de base sur lesquelles sont construites les actions proposées, pour chacun des trois axes qui nous ont permis de décrire les enjeux et attentes.


Bruno Valfrey
Hydroconseil
Email:
valfrey@hydroconseil.com
Site internet: www.pseau.org/smc/pv

HYDROCONSEIL - Chateauneuf de Gadagne - France
 

Tableau 1: Besoins en Formation, selon les acteurs concernés.

Tableau 2: Les idées de base sur lesquelles sont construites les actions proposées, pour chacun des trois axes qui ont permis de décrire les enjeux et attentes.
 

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