retour imprimer © Lettre du pS-Eau 67 de Oct 2011

L'adduction d'eau de Bohicon, première réalisation d'un partenariat prometteur

Bénin: Coopération décentralisée Bohicon/communauté d'agglomération Seine-Eure


Le budget de l’installation de l’adduction d’eau de Bohicon voisine 500 000 €.
Loin de couvrir ce montant, les financements Oudin-Santini ont cependant constitué une sérieuse base de départ, permettant à d’autres partenaires de s’engager financièrement.

Engagée très récemment, la politique de coopération de la communauté d'agglomération Seine-Eure (CASE) n'a pas tardé à porter ces fruits. La complémentarité des partenaires et un dialogue continu ont été les clés d'un partenariat à suivre avec une commune béninoise.

La communauté d'agglomération Seine-Eure (CASE) a fêté ses 10 ans en 2011. D'abord centrée sur ses compétences d'aménageur d'un territoire de 29 communes comptant 61 000 habitants, l'agglomération a décidé de lancer, après les élections locales de 2008, une politique de coopération décentralisée, thématique sur laquelle elle a souhaité se doter de moyens lui permettant de devenir un acteur moteur en la matière.
Fin 2008, les élus décident de mettre en place le dispositif de financement “Oudin-Santini“. A compter de l'exercice budgétaire 2009, 1 % des recettes d'eau et d'assainissement est désormais dédié au financement de projets portant sur l'accès à l'eau et à l'assainissement à l'international.
Sous la vice-présidence d'Hubert Zoutu, maire d'Heudebouville, les élus membres de la commission Coopération décentralisée ont orienté la politique internationale de l'agglomération sur deux axes :
1) mise en place d'une coopération décentralisée avec une collectivité partenaire d'un pays du Sud ;
2) mise en réseau et soutien aux projets portés par les associations locales de solidarité internationale.

Deux critères ont présidé aux choix de la première commune partenaire du Sud. Il devait s'agir d'une part d'un pays francophone, d'autre part, d'un pays bénéficiant d'une stabilité politique. Le Bénin répondant à ces critères, il est apparu cohérent de s'attacher à ce pays et la commune de Bohicon (114 000 habitants), au 4e rang national en termes de population, correspondait à ces orientations.

Au Bénin, conformément aux prescriptions de l'article 93 de la loi n° 99 029 du 15 janvier 1999, les communes doivent désormais assurer la réalisation des infrastructures hydrauliques nécessaires sur leur territoire. Dès avril 2009, une délégation de la communauté d'agglomération Seine- Eure, conduite par Franck Martin, son président, se rend à Bohicon.
Les premiers échanges avec le maire Luc Atrokpo confirment la pertinence de nouer ce partenariat. Au regard des financements propres dégagés par l'agglomération Seine-Eure, le projet d'adduction d'eau villageoise est choisi comme premier axe de travail. Une charte d'amitié scelle cette relation partenariale et fraternelle.

Six villages sont concernés, comprenant à terme 20 000 personnes
Le projet a pour objectif d'améliorer les conditions sanitaires des populations de 6 villages périphériques du centre urbain de la commune de Bohicon (Fléli, Manaboê, Zakanmè, Zounzonmê, Sodohomè, Agbangon) soit une population actuelle totale de 10 000 personnes environ et de 20 000 à terme, tel que le prévoit le plan d'aménagement communal.
Cette adduction d'eau villageoise a pour ambition de permettre et de pérenniser l'accès à la ressource en eau potable de ces populations avec la réalisation de l'ensemble des infrastructures nécessaires : un forage d'un débit de 20 m3/h, à une profondeur d'environ 60 m, un réseau de 12 km de canalisations desservant initialement 12 bornesfontaines, puis 13 aujourd'hui, un système d'assainissement dans trois écoles, avec blocs toilettes Ecosan et lave-mains. En parallèle aux efforts d'investissement en équipement, le projet prend également en compte le fonctionnement de ce service public, concernant aussi bien les modalités de mise en oeuvre que de suivi/évaluation.

L'agglomération Seine-Eure peut s'appuyer sur un véritable savoir-faire interne en matière d'eau et d'assainissement, compétence historique de la collectivité. Du côté de Bohicon, les services municipaux sont également techniquement solides pour aborder ce projet ambitieux. Pour autant, la constitution d'un multipartenariat a très vite été lancée avec les interlocuteurs suivants : agence de l'eau Seine- Normandie (AESN), Fondation Veolia Environnement, Electriciens Sans Frontières, le pS-Eau. Puis d'autres partenaires ont été mobilisés tels que les services techniques des Etats français et béninois (au niveau régional et national) ainsi que la région Haute-Normandie, porteuse elle aussi d'une politique de solidarité internationale.
A l'échelle du territoire de l'agglomération, une association, le Collectif Tiers Monde, s'est largement impliquée dans le projet, notamment par le biais de son correspondant béninois résidant à Cotonou. Cette nouvelle coopération a été également l'occasion pour l'agglomération d'intégrer le réseau national des collectivités animé par Cités Unies France.
L'adduction d'eau villageoise à Bohicon, c'est un budget de près de 500 000 €. Loin de couvrir ce montant, les financements Oudin- Santini de l'agglomération ont cependant constitué une sérieuse base de départ, permettant à d'autres partenaires de s'engager financièrement.

Un pilotage concerté
Le nombre de partenaires impliquait de la rigueur dans la répartition des rôles de chacun. C'est pourquoi certains principes de fonctionnement ont été rapidement actés.

La commune de Bohicon constitue le porteur principal. A ce titre, elle élabore et rédige tous les documents techniques et administratifs du projet : descriptif initial, pièces nécessaires à la passation des marchés publics, etc. L'expertise de l'AESN s'est attachée au volet social de l'opération. La Fondation Veolia a apporté son expertise technique et méthodologique sur toutes les questions relatives à l'infrastructure via des missions de terrain de collaborateurs volontaires détachés de leur temps de travail et un appui conseil de l'équipe permanente.

De son côté, la CASE a assuré le pilotage de l'ensemble du partenariat et a supervisé le volet financier, qu'il s'agisse des dépenses ou des recettes. Les documents techniques administratifs rédigés au Bénin ont été adressés à la CASEqui les a ensuite diffusé aux interlocuteurs concernés et a centralisé leurs remarques.
Quant au Collectif Tiers Monde, il a joué un rôle fondamental : l'association perçoit sur place les subventions et règle les factures auprès des entreprises.

Enfin, un comité de pilotage annuel réunissant les partenaires techniques et financiers est l'occasion de réaliser un point d'avancement global, de partager les informations et de définir les priorités à venir.

Fin 2009, le projet entrait dans sa phase opérationnelle. Le dossier d'appel d'offres, rédigé par le directeur des services techniques de Bohicon, a été complété puis validé par les partenaires. La consultation a ainsi pu être lancée.
Fin janvier 2010, une délégation française participait à l'analyse des offres et au choix du prestataire. En parallèle, une deuxième consultation, portant sur la mission de contrôle (mission proche de celle d'un maître d'oeuvre) était engagée.

Au mois d'avril 2010, le chantier démarrait. Une étude hydraulique préalable avait été diligentée, permettant de sécuriser le choix du site de forage. De l'eau en quantité plus que suffisante a bien été trouvée, à 60 m de profondeur. La construction du château d'eau a été lancée peu après, tout comme la pose des canalisations.

Chaque étape clé dans la réalisation du chantier a été supervisée par les partenaires. L'organisation du chantier, la qualité des matériaux, l'assemblage des équipements électromécaniques et les épreuves réseau ont donné lieu à des missions conjointes de la CASE et de la Fondation Veolia Environnement, avec au total 4 volontaires de Veolia mobilisés au titre du mécénat de compétence.

Le suivi de la tenue du chantier est un point de vigilance important.
Chaque vendredi, tout au long de la durée du chantier, la mairie, les entreprises, les chefs de chantier, le correspondant du Collectif Tiers Monde et les ONG se sont rencontrés pour traiter des différents aspects de l'opération : travaux réalisés et programmés.
La commune de Bohicon a fait le choix d'une gestion en affermage, comme l'y incite la législation béninoise en vigueur. Le choix du fermier a fait l'objet d'une consultation dont le dossier d'appel d'offres avait été préalablement validé par les partenaires.
Le fermier doit respecter un cahier des charges précis, notamment s'agissant de l'articulation du suivi d'exploitation avec la mairie de Bohicon, les partenaires français, mais aussi avec l'équipe d'intermédiation sociale.
Des tableaux de bord détaillés seront ainsi renseignés régulièrement, faisant l'objet d'un contrôle approfondi.

Une règle d'or : l'appropriation sociale
La réalisation d'une infrastructure d'adduction d'eau potable est une opération technique aux enjeux sociaux cruciaux. Dès le départ, une ONG béninoise, l'AER AMR, a été missionnée pour assurer l'accompagnement social du projet. Dans un souci de proximité avec les pôles de concentration des habitants autour de hameaux ruraux, la localisation des bornesfontaines a été définie en concertation avec les populations.
L'accompagnement porte par ailleurs sur la diffusion d'une pédagogie de l'eau potable : pourquoi l'eau est-elle payante, pour quels usages réserver cette eau, comment utiliser les bornes-fontaines, etc. ? De nombreuses réunions ont été organisées dans les 6 villages concernés par le projet, en s'appuyant sur les autorités villageoises.

L'appropriation sociale du projet passe aussi par la valorisation de la force de travail locale. Pour les travaux ne nécessitant pas de compétences techniques particuliè- res, le marché public prévoyait le recours à la main-d'oeuvre locale. Les habitants des hameaux, principalement les hommes, ont ainsi été mobilisés par l'ONG et payés par l'entreprise pour la réalisation de certaines tâches : creusement de tranchées, etc.
Autre volet social important, la place des femmes. Là aussi, cet aspect a été préalablement envisagé avec l'ONG locale. Il a ainsi été décidé que les femmes volontaires pourraient être formées au métier de fontainière, contribuant à faire du réseau d'eau un élément intégré dans la vie économique, sociale et culturelle des villages.

L'intermédiation sociale a également pour objet d'assurer un suivi/évaluation effectif du fonctionnement de l'adduction d'eau. Cet élément se traduit par deux axes majeurs :
– suivi par l'ONG, pendant un an après la mise en service de l'infrastructure, de l'utilisation du service public. Il s'agit là d'apprécier les volumes d'eau consommés, d'accompagner les familles utilisatrices, d'identifier celles qui n'accèdent pas à l'eau, d'en comprendre les raisons et de pouvoir rendre compte à la maîtrise d'ouvrage de dysfonctionnements éventuels, d'a-mélioration à apporter en termes de gestion, de qualité de service rendu, etc. Le marché confiant l'exploitation de l'adduction d'eau à un fermier précise de façon explicite que celui-ci doit travailler en partenariat avec l'ONG sur l'ensemble de ces questions ;
– mise en place d'associations d'usagers afin que le suivi/évaluation soit à terme porté par les habitants eux-mêmes. Ces associations deviendront alors les interlocuteurs de l'exploitant et de la mairie, dans une logique de gouvernance partagée.

Conscient de l'importance de ces questions, le Bénin a mis en place un dispositif méthodologique national pour la mise en oeuvre de l'intermédiation sociale, en accompagnement des projets d'accès à l'eau potable. Des financements de l'Etat béninois et de la Banque africaine pour le développement sont disponibles pour ces actions
Afin de compléter ce dispositif de droit commun, et sur l'initiative de l'AESN, une sociologue spécialiste des projets d'eau en Afrique, a été missionnée début 2010 pour mener un audit du dispositif effectivement engagé sur place et émettre des préconisations qui constituent aujourd'hui le socle de l'accompagnement social du projet.

La confiance entre partenaires, un élément important
La relation de confiance instaurée entre la CASE, la commune de Bohicon et leurs partenaires constitue une clé essentielle de la réussite du projet. Mais pour dépasser les obstacles qui jalonnent forcément ce type d'opération, l'organisation de rencontres régulières, dans un objectif de compréhension et de suivi des opérations, fut également indispensable. La phase opérationnelle, de janvier 2010 à l'été 2011, a été jalonnée de 5 missions sur place. Les coûts liés à ces déplacements doivent être appréhendés en amont du projet pour ne pas en pénaliser l'économie globale.
Ce projet a été, dès le premier jour, porté politiquement et techniquement par la commune de Bohicon.
Il s'agit là d'un élément central. Le partenariat de coopération décentralisée ne dépend pas d'un humanisme bien pensant du Nord, bien au contraire, il s'appuie sur une dynamique de développement local durable. Rappelons que la commune de Bohicon a contribué financièrement au projet à hauteur de 25 millions de FCFA, soit un peu plus de 38 000 €. Travailler dans le respect des autorités locales est primordial. C'est pourquoi le projet a très vite été présenté à l'ambassade de France au Bénin, au ministère béninois de l'Hydraulique et à ses services déconcentrés ainsi qu'aux acteurs locaux, par voie de presse (télévision, radio, bulletin municipal).
Le réseau d'adduction d'eau villageoise a été mis en service fin mars 2011. L'inauguration était programmée pour la fin du mois d'octobre 2011. Il ne s'agit là que de la première page du partenariat de coopération décentralisée entre la communauté d'agglomération Seine-Eure et la commune de Bohicon. D'autres projets sont déjà en cours de réflexion.


Le circuit de paiement des factures
Les factures émises par les entreprises adjudicatrices des différents marchés sont remises à la mairie de Bohicon, qui apporte son visa. Le correspondant permanent du Collectif Tiers Monde en fait de même. La facture est alors envoyée à l'agglomération qui l'enregistre et en autorise le paiement. L'association Collectif Tiers Monde effectue alors un virement bancaire sur le compte de l'entreprise concernée.
Les financements du projet
• Agence de l'eau Seine-Normandie près de 230 000 €
• Agglomération Seine-Eure, 89 000 €
répartis sur trois exercices budgétaires
• Fondation Veolia Environnement, 70 000 €
répartis sur trois exercices budgétaires
• Ministère de l'Immigration 60 000 €
• Commune de Bohicon Plus de 38 000 €
• Région Haute-Normandie 10 000 €
• Association Collectif Tiers Monde 800 €


Rebecca Armstrong
CASE
Email:
rebecca.armstrong@seine-eure.com
Site internet: www.wmaker.net/SeineEureInfos/Eauassainissement-environnement_r4.html

Frédérique Héry
Email: frederique.hery@veoliaeau.fr
Site internet: www.fondation.veolia.com

CASE - Louviers - France
Commune de Bohicon - Bohicon - Bénin
Fondation Veolia - Aubervilliers - France
 
 

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