retour imprimer © Lettre du pS-Eau 65 de Apr 2011

Mali: Coopération décentralisée Kayes-Evry Centre Essonne: La gouvernance locale face aux besoins en assainissement urbain


Zone du quartier Plateau avant les aménagements (photo CAECE)

En 1990, la commune de Kayes et la communauté d'agglomération Evry Centre Essonne s'engageaient dans un jumelage coopération développement. En 20 ans, cette coopération a connu des évolutions significatives quant à sa méthode et à son mode de fonctionnement. Elle a su, au fil des années, créer une dynamique de renforcement de la gouvernance locale à Kayes et d'éducation à la citoyenneté internationale sur l'agglomération francilienne.

Dans le cadre du jumelage qui lie les communes de Kayes (120 000 habitants sur 6 quartiers) et l'agglomération Evry Centre-Es­son­ne (qui compte 6 communes et 116 400 habitants), les différents programmes de coo­pé­ration qui se sont succédé depuis 20 ans ont toujours été basés sur deux thématiques principales :
– le renforcement de la compré­hension mutuelle des communautés d'Evry Centre Essonne, avec un axe important de lutte contre le racisme ;
– l'amélioration des conditions de vie des Kayésiens par le renforcement des compétences municipales, l'émergence d'une société civile actrice de son développement et la réalisation de projets dans le domaine de l'ingénierie urbaine.

Les axes structurants du partenariat ont globalement peu varié au cours du temps, mais ils se sont progressivement clarifiés et affirmés grâce à l'expérience accumulée, à l'utilisation d'outils de pilotage stratégique et à un fort soutien politique fondé sur des objectifs de résultat.
La communauté d'agglomération Evry Centre Essonne (CAECE) est passée d'un positionnement de «faire pour» à celui d'accompagnement de la commune de Kayes, plus compatible avec une dé­mar­che d'appui à la maîtrise d'ouvrage. Sur son territoire, elle a su mobiliser les acteurs en appui aux acteurs locaux kayésiens et développer une démarche d'éducation à la citoyenneté internationale.

Depuis 1990, la volonté de l'agglomération d'Evry de contribuer au renforcement de la commune de Kayes n'a fait que s'affirmer. Les facteurs qui ont contribué à renforcer cette volonté reposent en partie sur l'évolution des contextes, au Mali (démocratisation, décentralisation, désenclavement, multiplication des intervenants, etc.) comme en France (loi régissant la coopération décentralisée, orientations techni­ques et finan­cières du ministère des Affaires étrangères et européennes) ainsi que sur la composition de l'équipe technique de mise en œuvre de la coopération. Sur deux décennies, le partenarait a parcouru qua­tre périodes.

Entre 1990 et 1992, le jumelage s'est d'abord concrétisé par la signature du protocole de coopération, l'identification des actions et la mise en place de l'équipe opérationnelle (deux chargés de mission, un à Kayes, recruté au sein de l'association Coopération-développement agglomération nouvelle d'Evry (CDANE), et l'autre à Evry).

Jusqu'en 1997, via le CDANE, de nombreux projets seront directement réalisés par l'Agglomération : construction de murettes anti-érosives, de caniveaux, ramassage d'ordures ménagères, collecteurs d'eaux pluviales, un premier programme « puisards », la formation d'élus et de techniciens, création de la Maison du jumelage, sont les acquis d'une première phase de la coopération. Le jumelage est ainsi reconnu et un important travail de mobilisation est mené en direction de partenaires financiers potentiel. L'association Les amis de Kayes est créée durant cette période, pour porter des actions en France et au Mali en lien avec les migrants maliens, en complémentarité et indépendamment de celles menées par l'agglomération.

La maîtrise d'ouvrage au cœur du partenariat
C'est à partir de 1998 que des tensions importantes apparaissent entre Kayes et Evry. Un premier bilan critique des actions entreprises entraîne, après deux années de transition, un renforcement de l'appui à la maîtrise d'ouvrage communale. La méthode de coopération connaît alors une évolution notable.
Une programmation participative rend plus lisible la stratégie adoptée et conforte la coopération, l'implication des élus d'Evry et de Kayes s'affirme, deux évaluations externes (2002 et 2007) conduisent à un document de capitalisation (2008/2009), un système de financement direct est créé entre l'Agglomération et la commune de Kayes, des échanges Sud-Sud voient le jour, l'expertise locale est renforcée, le mode d'information sur les projets menés s'améliore grâce à l'édition d'un journal, Agglo­coopération, et la création d'un site Internet.

Les nombreux projets menés à Kayes dans les années 1990 avaient certes permis une amélioration significative des conditions de vie des habitants, mais leur appropriation par les autorités municipales n'avait pas été satisfaisante. Leur impact sur le long terme en a été fortement diminué. La réflexion engagée autour de ce constat a permis aux deux partenaires de positionner la coopération sur deux axes précis : le renforcement du fonctionnement municipal et l'appui aux dynamiques de quartiers.
La commune de Kayes est dorénavant dotée d'une équipe dirigeante (un secrétaire général et quatre directeurs de service) disposant de compétences et d'outils d'aide à la décision appropriés (base de données et outil cartographi­que). Cette évolution a permis une réelle appropriation des projets par l'équipe municipale grâce à un meilleur positionnement tout au long de chaque phase du processus : conception, contractualisation, mise en œuvre, financement et suivi.

Enfin, un partenariat s'est engagé avec les populations grâce aux structures de concertation de quartier qui ont été renforcées. Les six comités de développement de quartiers sont aujourd'hui des structures incontournables qui participent de manière active au développement de la ville. Le financement européen obtenu par la commune de Kayes dans le cadre du programme PARAD1 a contribué de manière très positive à améliorer leur fonctionnement et leur positionnement. Les échanges avec d'au­tres structures équivalentes, au Sud mais aussi au Nord (au même titre que les techniciens et élus municipaux) les ont convaincus de l'importance de leur rôle au sein de leur quartier. Cette dynamique est dorénavant totalement intégrée à la politique municipale kayésienne.
La réalisation d'un projet ne de­vient plus de ce fait une fin en soi ; il s'agit aussi de vérifier la pertinence de la démarche et d'analyser les modes de fonctionnement des principaux acteurs. Le positionnement de la commune de Kayes et son rôle d'animateur du développement de son territoire en sont renforcés. Cela favorise sa capacité à gérer des projets d'importance, en lien avec ses populations. Il en est ainsi notamment d'un ambitieux pro­gramme d'assainissement.

La ville de Kayes, comme beaucoup d'autres villes du Mali, est confrontée à d'importants problèmes d'assainissement. La croissance démographique et les difficultés pour la municipalité à mettre en place une infrastructure appropriée créent des problèmes ma­jeurs en matière d'évacuation des eaux usées et pluviales et de collecte des déchets solides.
La coopération décentralisée entre la commune de Kayes et la communauté d'agglomération Evry Centre Essonne a été à l'origine de nombreux projets d'assainissement et de lutte contre l'érosion : mise en place d'un GIE (groupement d'intérêt économique) de collecte des ordures, renforcement en matériel des services techniques, réhabilitation des collecteurs et caniveaux, construction de barrages en gabions et de murettes antiérosives, programme de sensibilisation des populations.

Au départ, la communauté d'agglomération était fortement impliquée dans la mise en œuvre de ces projets, mais l'évolution de son appui a favorisé le positionnement de la commune de Kayes dans son rôle de maître d'ouvrage. La conception et la conduite d'un projet de réalisation de puisards familiaux s'étaient inscrites dans cette évolution.

Penser les aménagements de manière globale : réseau d'assainissement collectif et voirie
Suite aux échanges entre les villes de Kayes, de Mopti, de Bamako (commune III) et de Saint-Louis (au Sénégal), les services techniques municipaux (STM) de Kayes ont engagé une réflexion sur l'aménagement global de plusieurs rues à Kayes. Disposant d'une expérience dans la réalisation de puisards sur la globalité d'une rue (démarche de rues cibles), les STM, grâce à ces échanges Sud-Sud, se sont aussi positionnés sur la réalisation de mini-égouts et de pavage de voiries.
C'est avec l'appui de l'Ong Aquassistance et le soutien de la Société des eaux de l'Essonne qu'une étude technique de faisabilité d'un réseau de mini-égout sur le quartier Kayes N'Di a été réalisée, validant la possibilité de ce type d'équipement et confirmant la né­cessité de penser de manière globale l'aménagement des rues con­cernées.

C'est ainsi qu'un projet de lutte contre l'insalubrité et la pauvreté urbaine a été proposé par les services techniques de la ville, en lien avec les structures de concertation des quartiers concernés. Seize rues seront aménagées à Kayes N'Di et Plateau, deux quartiers de la ville : pavage, réseau de drainage adapté (rues caniveaux ou collecteurs), construction d'ouvrages au­to­nomes d'assainissement (puisards et réseau de mini-égout). Les facteurs innovants de ce projet reposent sur :
– la démarche participative : implication de l'ensemble des acteurs concernés dans la mise en œuvre et le suivi des réalisations (dont les comités de développement de quartier) ;
– le renforcement de ces structures ;
– la dimension technique : installation des puisards à l'intérieur des concessions, construction pour la première fois à Kayes d'un système semi-collectif de traitement des eaux usées et de caniveaux couverts.

Une zone test a été sélectionnée sur le quartier Kayes N'Di, comprenant deux rues (75 et 71), comprises entre les rues 30 et 10, et les voies perpendiculaires. Le projet prévoit la mise en place d'une fosse septique toutes eaux au niveau de chaque concession afin de raccorder tous les effluents générés à son niveau (toilettes, lavoir, douche).
Chaque fosse sera reliée au réseau implanté sous domaine public, équipé des ouvrages de raccordements et de protection adaptée. Une canalisation standard à faible diamètre sera mise en place de part et d'autre de chacune des rues. Au débouché du réseau, une zone en bord de fleuve sera aménagée pour recevoir les effluents. Des mesures de charge polluante seront réalisées afin de définir le dimensionnement de l'unité de traitement. Un procédé simple de dépollution sera étudié (lagunage naturel ou lits plantés de roseaux).

Convaincre par l'exemple
Conformément aux recommandations d'Aquassistance, un traitement global de la zone test est proposé. Outre l'assainissement des eaux usées, les déchets solides, les eaux pluviales ainsi que la voirie (pavage des rues) sont pris en compte dans le projet. Cet aménagement doit constituer une référence pour la population, créer des attentes (envie de répliquer le projet aux rues adjacentes) et susciter une dynamique pour l'amélioration des conditions de vie locale.
La réalisation du projet et la bonne utilisation des infrastructures proposées devront également permettre une diminution du risque environnemental, grâce à:
– l'amélioration des toilettes avec l'absence d'échanges directs au niveau des matières fécales (évacuation rapide vers la fosse toutes eaux) ;
– la réduction des nuisances olfactives ;
– la canalisation des rejets des habitations (suppression des rejets d'eau dans les rues, suppression des eaux stagnantes putrides...) ;
– la canalisation du rejet dans des failles inaccessibles, dans l'attente de la réalisation d'un dispositif de traitement. Il est même probable que, compte tenu des faibles volumes en jeu, l'infiltration soit totale et que le rejet dans le fleuve Sénégal soit nul ou très faible. En tout état de cause, même en cas de rejet, le taux de dilution serait très élevé et le risque d'altération du milieu récepteur nul ;
– la réduction de la matière dans les fosses toutes eaux liée à l'activité biologique naturelle qui se développera et qui limitera la fréquence des opérations de vidange. Dans un premier temps, une vidange est prévue tous les 3 ans, délai qui pourra être diminué en fonction du retour d'expérience ;
– l'encadrement et le contrôle des opérations de vidange par les services techniques municipaux renforceront la sensibilité des populations à l'assainissement ;
– la volonté de mettre en place une unité de traitement des déchets permettra de les tracer et d'éviter de les voir disséminer en divers points. La définition des conditions d'utilisation et de périmètre d'épandage améliorera la situation actuelle.

Compte tenu de l'importance du projet, une concession test a été choisie à Kayes N'Di afin d'accueillir l'ensemble des équipements. Après la visite de 9 concessions (proches du fleuve) par les services techniques municipaux et les comités de quartiers, le choix s'est porté sur la concession n° 18 de la rue 75. Les travaux ont consisté en la construction d'un lavoir, d'une toilette-douche, d'une fosse toutes eaux et d'un puisard (dans l'attente de la mise en œuvre du réseau). La réalisation a confirmé les choix techniques. Fortement appréciée par les habitants de la concession, elle a aussi engendré une adhésion des populations de la zone au projet.

Ces travaux spécifiques ont été vérifiés lors de la mise en eau de la fosse (étanchéité de la fosse pour ne pas polluer la nappe phréatique, qualité des raccordements, décantation efficace, qualité de l'eau de rejet). En février 2010, un contrôle du système par Aquassistance a permis de corriger quelques erreurs de conception et de construction.
Au plateau, compte tenu des caractéristiques de ce quartier, une démarche plus traditionnelle sera appliquée. Au même titre que Kayes N'Di, une approche globale d'aménagement est toutefois prévue : pavage de la rue principale 115 et de 9 rues transversales (rues paires de 118 à 142) ; réalisation de caniveaux (avec dalots au niveau des concessions et dalles de traversée) en deux voies sur les cotés de chaque rue concernée ; construction de 100 ouvra­ges d'assainissement autonomes (puisards) et de 100 aires de lavage au niveau des concessions des rues aménagées.

Ce projet participera aussi à renforcer la coordination, l'implication et la capacité des différents acteurs dans le cadre de l'assainissement de la ville de Kayes. Il vise de plus une dimension économique par la création d'emplois autour de l'assainissement urbain.
Ce renforcement est un élément important du projet. Les structures de concertation de quartier qui ont participé à la conception du projet, seront formées dans leur prérogative de maîtrise d'œuvre sociale et de suivi du projet, et participeront au recrutement des opérateurs. Des formations techniques relatives aux minis égouts et aux puisards sont proposées aux membres des CDQ concernés.

Un nouvel outil : l'Agence de développement municipal de Kayes
Des équipements viendront renforcer les acteurs locaux (GIE, associations) dans le cadre de leurs activités d'assainissement. Des formations aux techniques de pavage et d'entretien des ouvrages seront réalisées.
Un plan média d'information et de communication permettra de développer la sensibilisation mais aussi l'implication des populations en faveur de la salubrité urbaine.
Enfin, la commune de Kayes sera renforcée dans ses capacités de suivi et d'animation par la création d'une Agence de développement municipal.

Les différentes problématiques de développement urbain auxquelles la commune de Kayes est confrontée dépassent le cadre strict de ses frontières. La protection de l'environnement (dont bien entendu l'assainissement), le développement économique (la promotion de l'artisanat notamment), l'intercommunalité ou encore le développement touristique, nécessitent d'élargir la réflexion en mobilisant d'autres acteurs de développement : collectivités locales du cercle et de la région, services régionaux déconcentrés, personnes ressources (experts, universitaires), groupements de professionnels, représentants de la société civile (dont les structures de concertation de quartiers) et des mouvements associatifs.

Issue d'une réflexion menée avec l'Agence de développement communal de Saint-Louis du Sénégal, l'Agence de développement municipal de Kayes aura pour objectif de favoriser un dialogue élargi entre ses différents niveaux d'acteurs. Elle permettra de mener une démarche de concertation participative en faveur du développement de la ville. Plus spécifiquement, l'Agence sera un lieu de réflexion commune, d'expression pour les initiatives locales en faveur du développement urbain, d'aide à la définition de politiques de développement urbain, de suivi évaluation de la mise en œuvre de ses politiques, et de ressources au travers de la capitalisation et de la communication.

A terme, la mise en place de cette structure vise à favoriser la reconnaissance de la commune, chef lieu du cercle et capitale régionale, comme pôle de développement du territoire du cercle et de la région de Kayes. Une démarche qui s'inscrit logiquement dans l'appui apporté depuis 20 ans dans le cadre de la coopération décentralisée entre Kayes et Evry Centre Essonne.


Les futures réalisations
A Kayes N'Di Au Plateau
6 rues aménagées 10 rues aménagées
1 650 m de voirie 1 680 m de voirie
53 concessions 121 concessions
1 000 habitants 1800 habitants

Un circuit financier novateur
L'évaluation réalisée en 2002 met l'accent sur la contradiction entre l'appui à la maîtrise d'ouvrage et l'absence de gestion par la commune de Kayes des financements de la coopération.
En 2005, un compte spécifique est créé à la Trésorerie de Kayes. Dorénavant, les fonds transitent directement du Trésor public français (paierie de l'Agglo­mération) au Trésor public malien (paierie de Kayes) sur un compte annexe de la mairie spécialement ouvert dans une banque commerciale. Le maire est l'ordonnateur et les dépenses sont exécutées par le trésorier payeur malien. Des conventions entre la communauté d'agglomération Evry Centre Essonne et la commune de Kayes précisent l'affectation des fonds. Depuis 2005, près de 250 000 € ont transité par ce compte annexe.
Répartition budgétaire du projet
Le montant total du projet s'élève à 714 000 € divisé comme suit :
– voirie : 272 000 €
– assainissement : 274 000 €
– accompagnement et capitalisation : 111 000 €
– imprévus : 57 000 €
Répartition des financements
– Commune de Kayes/populations : 48 000 € 7 %
– CA Evry Centre Essonne : 83 000 € 12 %
– Agence Française de Développement : 450 000 € 63 %
– Agence de l'eau Seine-Normandie : 117 000 € 16 %
– Aquassistance (valorisation des 15 000 € 2 %
missions d'expertise)


Jean-François Mangelaire
Communauté d’agglomération Evry Centre Essonne
Email: cooperation.decentralisee@agglo-evry.fr
Site internet: www.agglo-evry.fr

Zoumana Diawara
Ville de Kayes – direction des services techniques
Email: zoumanad20012001@yahoo.fr

Moussa Bah
CAECE au Mali
Email: agglo.evry-kayes@sotelma.net.ml

 

A l'instar de cette concession test à Kayes N'di, ce sont 174 concessions qui seront équipées dans le cadre du projet. (ph. CAECE)

Réunion de quartier à Kayes N'di à l'occasion d'une mission d'expertise des partenaires essonniens. (ph. CAECE)
 

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