retour imprimer © Lettre du pS-Eau 63 de Oct 2010

Le rôle des migrants sénégalais: En dix ans, un accroissement considérable des projets d'AEP


Branchement privé dans une concession du village de Bokiladji (3 000 habitants), région de Matam. Interconnexion de trois forages et réalisation d‘un réseau sur 8 km. Coût : 90 000 €.
Financements : Projet Initiatives de codéveloppement, Fondation Adoma, UPRB (assocation de migrants)

En 2000, une étude(1) publiée par le pS-Eau met en exergue la forte implication des migrants sénégalais pour l'amélioration de l'accès à l'eau potable dans leur village d'origine. Dix années plus tard, une évolution importante du nombre et de la typologie des interventions est à souligner.

Dès les années 90, le pS-Eau favorise la mise en relation des associations de migrants sénégalais et des acteurs de l'eau pour coordonner et rendre plus efficaces leurs interventions dans le domaine hydraulique. Des rencon­tres de concertation sont organisées à Dakar avec la direction de l'Exploitation et de la Maintenance en partenariat avec le Ré­seau des associations du bassin du fleuve Sénégal (RADBFS).

La reconnaissance des migrants comme acteurs du développement et l'intérêt des pouvoirs publics français et sénégalais pour cette dynamique associative se sont traduits par le lancement de deux programmes bilatéraux de soutien aux initiatives de la diaspora sénégalaise :
-– le Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) intitulé « Projet initiatives de codéveloppement », d'un montant de 2,5 millions d'euros, qui s'est déroulé sur la période 2006-2008(2) ;
– le Programme d'appui aux Initiatives de solidarité pour le développement (PAISD), objet d'une convention de financement de 9 millions d'euros pour la période 2009 – 2011.(3)

Ces dispositifs ont mis l'accent sur la contribution à l'atteinte des Objectifs du millénaire pour le dé­veloppement en cofinançant des actions collectives dans le domaine de l'éducation, de la santé et de l'accès à l'eau potable.
L'eau potable, avec 29 % des investissements réalisés, est le deuxième secteur d'intervention après celui de l'éducation. Il a mo­bilisé 3 millions d'euros sur 4 ans pour la réalisation de 23 projets d'accès à l'eau potable au Sénégal.

Les financements engagés par le PAISD, par les migrants sénégalais établis en France et leurs partenaires s'élèvent à un demi milliard de FCFA par an en moyenne, ce qui représente 50 % des prévisions annuelles du Programme d'eau potable et d'assainissement du millénaire (PEPAM(4)) concernant la contribution de l'ensemble des acteurs de la coopération décentralisée, de la société civile et des agences de l'eau du Nord au secteur de l'hydraulique rurale.
Cet engagement des migrants aux côtés des pouvoirs publics a favorisé le développement d'une génération de projets de plus grande envergure. Ainsi près de 50 % des interventions ont consisté à la réalisation de nouveaux systèmes d'adduction d'eau potable complets permettant une desserte par bornes-fontaines et bran­­chements privés dans des localités de 1 000 à 12 000 habitants. Au total plus de 100 000 Sénégalais ont été concernés.

En dix ans, le montant moyen des actions initiées par les migrants dans le secteur de l'accès à l'eau potable a augmenté de plus de 400 %. On est passé d'interventions d'un montant moyen de 30 000 euros, pour la réalisation de puits modernes, la réhabilitation ou l'extension de réseau de petites ou moyennes envergures, financées sur fonds propres des associations de migrants, à des interventions globales prenant en charge l'ensemble des éléments constitutifs d'une AEP (captage, production, stockage, distribution, accès) pour un montant moyen de 130 000 €.
Cette évolution a été possible grâce à des partenariats techniques et financiers entre différentes fa­milles d'acteurs de la solidarité internationale (migrants, pouvoirs pu­blics, fondations d'entreprise, ONG, bureaux d'études). En effet, on constate que plus d'un tiers des associations de migrants a été soutenu par la collectivité locale de leur lieu de résidence, pour un montant global de 230 000 euros (dont 168 000 mobilisés grâce à la loi Oudin) représentant 7,5 % du coût total des projets réalisés.

Elaboration de procédures favorables à l'autonomie, la bonne gouvernance et la qualité des projets
Des fonds privés ont été mobilisés auprès du mécénat d'entreprise, principalement auprès de la fondation Adoma et de Véolia Eau Lyon à travers sa contribution au Fonds Eau du Grand Lyon.
L'apport des associations de Sénégalais vivant en France s'élève, grâce aux cotisations de leurs adhérents, à plus de 600 000 euros ce qui représente 20 % des investissements. Enfin, les programmes de co­développement ont contribué à plus de 60 % du coût total.
Le montant moyen investi par migrant pour l'eau potable (estimé à environ 200 euros par personne et par projet) reste peu ou prou le même qu'au début des années 2000. Néanmoins, le nombre d'associations impliquées sur des actions collectives augmente considérablement. Le pS-Eau dispose ainsi d'une base de données de plus de 300 associations de migrants sénégalais dont 50 % se sont fait connaître durant les quatre dernières années.
L'accompagnement méthodolo­gi­que du PAISD aux associations de migrants est aussi conséquent que son soutien financier. En effet, les responsables du programme se sont fermement engagés pour le renforcement des capacités des associations de migrants et pour une responsabilisation des organismes locaux dans la mise en œuvre des actions.

Pour ce faire, des procédures favorisant l'autonomisation, la bonne gouvernance et la qualité des ouvrages ont été élaborées et mises en place : articulation des actions avec les plans locaux de développement ; contractualisation systématique avec des bureaux d'études pour la réalisation des études préalables et le suivi des projets ; élaboration de procédures de mise en concurrence avec appels d'offres publiés dans la presse nationale ; ouverture de comptes spécifiquement dédiés au projet, gérés par les associations locales sénégalaises ; double signature des comptes ; rapports techniques et financiers intermédiaires et finaux ; supervision des interventions par les services techniques de l'Etat (brigade des puits et forages, services régionaux) ; suivi régulier sur le terrain par l'équipe de la cellule de coordination du PAISD basée à Dakar et à Matam.
La formalisation, la consolidation et l'ancrage institutionnel des actions des migrants sont autant d'enjeux de la réussite du dispositif qui n'a pas vocation à perdurer dans le temps. L'amélioration de la qualité du cadre d'intervention des actions menées par les associations de migrants est également un gage de la reconnaissance de leur apport en tant qu'acteurs du développement.

Les jeunes Sénégalais nés en France, porteurs d'évolutions
On constate également une plus grande proximité des associations de migrants et des partenaires financiers (programmes nationaux, collectivités locales, fondations d'entreprises) qu'il y a une dizaine d'années. Les OSIM (Or­ganisations de solidarité internationale des migrants), qui se sont familiarisées avec la gestion de projet de développement, ne font plus systématiquement recours à une ONG pour assurer l'interface avec les bailleurs.
L'implication des jeunes nés en France et des diplômés est un facteur important du développement des relations partenariales des associations de migrants qui connaissent les guichets de financements et collaborent avec les partenaires financiers pour le montage de leur dossier.

Des ONG ont néanmoins apporté un appui non négligeable sur les aspects d'ingénierie sociale au niveau local, renforçant ainsi les associations sénégalaises partenaires des OSIM sur le terrain. Une convention de partenariat a été signée à cet effet avec l'association Ardèche Drôme Ourossou­gui (Ados) qui intervient dans la région de Matam.
Sur le plan de l'expertise technique, signalons le travail réalisé par le Groupe de recherche et d'échanges technologiques (Gret) et de ses partenaires du Pacepas(5) dont l'expertise acquise en matière de potabilisation et de distribution des eaux de surface au Sénégal a favorisé la conception et le financement d'une station de pompage et de traitement des eaux du fleuve pour la desserte d'une im­portante commune de plus de 12 000 habitants située sur une zone de socle dans le département de Bakel.

La décennie a fait la part belle aux actions de codéveloppement et aux interventions dans le secteur de l'eau potable avec le lancement du Pepam en 2005 mais les régions de Matam et de Tambacounda, d'où sont principalement originaires les Sénégalais établis en France, connaissent encore des disparités importantes en matière d'équipements hydrauliques. Le taux global d'accès et le taux de couverture en adduction d'eau potable sont respectivement estimés fin 2009 pour la région de Matam à 71 et 62 %, pour la région de Tambacounda à 67 et 26 % contre une moyenne nationale de 74 et 51 %.(6)
Ces variations peuvent s'expliquer par la différence des investissements initiaux de l'Etat et de ses partenaires au développement mais également par le contexte hydrologique et des réalités sociologiques envers lesquelles les migrants peuvent être vecteurs de stratégies nouvelles.

Enfin on constate que l'assainissement, dont le taux d'accès n'atteint pas 30 % (source Pepam), reste une fois encore le parent pauvre des interventions.


Répartition des cofinancements des projets soutenus par le PAISD
• PAISD 62 %
• Migrants 20 %
• Collectivités locales 7 %
• Etat sénégalais 4 %
• ONG 4 %
• Fondations 3 %

1. L'implication des associations de migrants dans le domaine de l'hydraulique au Sénégal, pS-Eau, Cahier n° 12, octobre 2000.
2. Le FSP Projet Initiatives de codéveloppement, financé par le MAEE, a été renforcé par un programme intermédiaire doté d'une enveloppe de 2 millions € abondée par le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire (MIIINDS) en charge de la thématique migration et développement depuis sa création en 2007.
3. Le PAISD est financé par le MIIINDS.
4. PEPAM Programme Eau Potable et Assainissement du Millénaire
5. Semis, Veolia, Grand Lyon, Sedif.
6. Revue annuelle du Pepam 2010.


Sylvette Milin
Cellule relais PAISD
T. +33 (0)1 53 34 91 22
France
Email:
milin@pseau.org
Site internet: www.pseau.org/codevsenegal
Cellule de coordination du PAISD
Sénégal
Email: datech@orange.sn
Site internet: www.codev.gouv.sn
Pepam
Site internet: www.pepam.gouv.sn

CPCSP - Dakar - Sénégal
PAISD - Dakar - Sénégal
 

Elévation du château d'eau et du décanteur à Diawara, département de Bakel. Financements : Association des migrants de Diawara (Coredia), PAISD, ville de Paris, Gret
(Pacepas) (©Coredia)
 

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