retour imprimer © Lettre du pS-Eau 61 de Feb 2010

Jumelage entre le gouvernorat tunisien de Nabeul et la région Limousin: Une option ”filtres plantés de roseaux” pour l'assainissement des petites communes


Vue d'une station d'épuration avec filtres plantés de roseaux.

En Tunisie, la pollution par les eaux usées urbaines est préoccupante. Pour s'attaquer à cette problématique aux nombreuses retombées environne­men­tales en zone littorale touristique, le gouvernorat de Nabeul a initié, en partenariat avec la région Limousin, une étude de faisabilité pour la cons­truction d'une station d'épuration par « filtres plantés de roseaux ».

La Tunisie dispose de très bons services au niveau des eaux usées. Depuis sa fondation en 1974, l'Office national de l'assainissement (ONAS) a raccordé plus de 87 % de la population totale sur un réseau qui s'étend sur plus de 13 000 km, tout en procédant à la construction de 97 stations d'épuration des eaux usées. Il a également accordé une attention particulière à la préservation de l'environnement et à la protection des ressources en eau. Plus de 90 % des eaux usées collectées par l'ONAS sont traitées, et plus de 20 % des eaux usées traitées sont réutilisées. La protection de l'environnement côtier a bénéficié d'un effort particulier.
Malgré ces très bons résultats atteints par l'ONAS, de nombreux défis restent à relever en matière de collecte et traitement des eaux usées. Il s'agit en particulier d'aug­menter la capacité des stations d'épuration actuelles, d'aménager le secteur d'assainissement semi-urbain et rural et de gérer les boues de manière efficace.

En écho à cette situation nationale, le gouvernorat de Nabeul se trouve confronté sur son territoire :
– à la raréfaction et à la vulnérabilité de la ressource en eau ;
– aux pressions environnementales liées au rejet des eaux usées urbaines et à l'activité touristique ;
– à la trop faible capacité des stations d'épuration existantes ;
– aux enjeux en matière
d'assainissement en zone rurale et semi-urbaine ;
– au devenir des boues produites sur les stations d'épuration.

Depuis 1998, le gouvernorat de Nabeul et la région Limousin sont engagés dans un partenariat qui portent sur ces différents points. En 2008, les partenaires ont con­firmé leur engagement et signé un nouveau protocole d'accord qui prévoit la mise en place, après étude de faisabilité, d'une station de traitement des eaux usées par la technique des roseaux.

Un traitement semi extensif adapté aux communes rurales
Ce projet, cofinancé par le ministère français des Affaires étrangères prévoit un véritable transfert de compétences vers les institutions tunisiennes. Soutenu et accompagné par le conseil régional du Limousin, le gouvernorat de Nabeul est le maître d'ouvrage. L'Office national de l'assainissement de Tunisie (ONAS), qui dépend du ministère de l'Environnement, est associé à l'initiative, dont la maîtrise d'œuvre (pour la phase d'étude) a été confiée à l'Office international de l'eau (basé à Limoges) et au bureau d'études Larbre Ingénieries Sarl.
Comme pour l'approvisionnement en eau, il importe, en matière d'assainissement rural et semi urbain, de sélectionner la technique d'épuration la plus appropriée. Le choix doit se porter sur une technologie fiable, qui a fait ses preuves, rentable aux plans technique et économique, non dommageable au plan environnemental, et qui permette la réutilisation des eaux usées traitées, comme ressource alternative dans les zones rurales et semi-urbaines concernées. La technologie d'épuration par « filtres plantés de roseaux » répond à ces exigences.

Il s'agit d'un traitement semi extensif, rustique, fiable et performant. Il s'intègre bien dans le paysage rural, sans nuisances olfactives pour le voisinage et accepte des variations de charge importantes, comme c'est le cas en zones touristiques. Son traitement intégré des eaux usées et des boues, sans décantation au préalable, allège considérablement le poids, pour les collectivités locales, de l'épineuse question de la gestion des boues.
Depuis une dizaine d'années, de nombreuses collectivités rurales et semi-urbaines françaises recourent aux procédés d'épuration utilisant les macrophytes et plus particulièrement la technologie des “filtres plantés de roseaux”. Très adapté aux besoins des collectivités de moins de 2000 habitants, le traitement par filtres plantés de roseaux, ou des variantes de ce procédé, sont aujourd'hui proposées en France par la majorité des entreprises travaillant dans le do­maine du traitement des eaux usées des petites collectivités.

Le site choisi pour l'implantation de la future station d'épuration est Aint'Bournouk, une commune dont la population ne dépasse pas 2700 personnes. Les infrastructures de collecte de ce bourg et de ses alentours sont déficientes, notamment au centre même de la zone d'habitation, où les écoulements d'eaux usées ne sont pas canalisées . Le système d'épuration par filtration permettra d'assainir cette zone semi-urbaine et, de surcroît, de protéger la retenue d'eau du lac collinaire du barrage de l'oued El Masri.
Le projet prévoit ensuite un ensemble d'actions et d'études préfigurant l'élaboration d'un plan de développement d'une technologie à coût d'investissement maîtrisé et à faible coût d'exploitation qui offrira aux décideurs une alternative locale adaptée. But visé : intégrer une logique de développement durable aux processus publics décisionnels dans le domaine de l'assainissement rural et semi urbain.

L'expertise locale a confirmé la faisabilité technique du projet. Le sable fin, nécessaire au deuxième étage de l'installation, sera fourni par la Société tunisienne de sable située dans la zone de Nabeul. Cette société possède également, sur site, un système de lavage du sable, ce qui améliore sa qualité. L'entreprise de travaux publics BBMP (filiale de Bonna-Sabla en France) apporte toutes les garanties de qualité pour les équipements et les canalisations en béton préfabriqué.
­La première phase du projet, l'étude de faisabilité, a été clôturée en mai 2009, avec une remise de l'avant-projet détaillé. 2010 devrait être consacrée à sa réalisation.
A suivre.


Rakha Pronost
Chargée de formations et d’études
Office international de l’eau
Email:
r.pronost@oieau.fr

David Buchet
Chef du service coopération
Conseil régional Limousin

Email: d-buchet@cr-limousin.fr

OIEau - Limoges - France
Région Nouvelle Aquitaine - Limoges - France
 

Lancement de l'étude de faisabilité par Jean-Paul Denanot, Président du Conseil Régional du Limousin et Mohamed Lamine El Abed, Gouverneur de Nabeul.
 

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