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La bataille de l'eau fait rage dans une Californie à sec



article de presse Jun 2015 ; 1 pages
Aut. Corine Lesnes
Ed. Le Monde - Paris
Téléchargeable chez l'éditeur
Article:
La première bataille de l’eau en Californie a eu lieu en 1923 quand la vallée de Hetch Hetchy, joyau du parc national du Yosemite, fut inondée pour construire le barrage de O’Shaughnessy et satisfaire les besoins de San Francisco. Le naturaliste John Muir, farouchement opposé au projet, perdit son combat mais la mobilisation contre l’inondation de la vallée marqua le début de l’écologie moderne. Aujourd’hui, un groupe de défenseurs de la nature voudrait « rendre Hetch Hetchy au peuple américain ». Une gageure : le barrage alimente en eau et en électricité les 2,6 millions d’habitants de la baie de San Francisco.

L’histoire de la Californie est jalonnée des tentatives de l’homme pour repousser les limites de la nature. Après le « succès » du projet Hetch Hetchy (20 000 habitants en liesse célébrèrent l’arrivée de l’eau en 1934 à San Francisco), la Californie a développé un système de barrages et de canaux d’une ampleur jamais vue à l’époque (Central Valley Project, State Water Project). Celui-ci permet d’amener l’eau des montagnes de la Sierra Nevada vers les zones de concentration urbaine du sud de l’Etat. « On essaye de déplacer la pluie », explique le chercheur Mark Arax. Jusqu’à « défier la gravité », note-t-il, et renverser le cours des rivières grâce à un système de pompes.

Sans ces infrastructures monumentales, la Californie n’aurait pas pu devenir la septième économie du monde. Los Angeles ne se serait pas étendue sur plusieurs centaines de kilomètres, à la périphérie du désert. Et la Vallée centrale ne serait pas devenue l’une des principales régions agricoles des Etats-Unis.
Système dépassé

Ce système est aujourd’hui mis en péril par une sécheresse qui persiste depuis quatre ans. Avec des réservoirs aux trois-quarts vides, la Californie est obligée de repenser son mode de distribution de l’eau, voire son mode de vie. Début avril, le gouverneur démocrate Jerry Brown a ordonné un rationnement général de 25 % de la consommation urbaine par rapport à 2013, première mesure contraignante dans un Etat où le rêve a toujours été sans limite. Malgré l’effet d’annonce, les premières statistiques n’ont fait apparaître qu’une réduction de 13,5 % en avril par rapport au même mois de l’année dernière.

Après les citadins, les golfs et les universités, le gouverneur a donc décidé de s’attaquer aux agriculteurs, qui absorbent 80 % de l’eau non affectée à l’environnement. L’Etat, qui avait déjà fermé le robinet l’an dernier pour quelque 8 700 fermiers de la Vallée centrale, a étendu le 12 juin le rationnement à 280 « barons » de l’agriculture, ces privilégiés qui détiennent les fameux droits d’ancienneté sur l’eau (« senior rights ») obtenus avant 1914. En vertu de ce système, hérité de l’époque de la ruée vers l’or, quand les mineurs écumaient les rivières à la recherche de pépites, les premiers arrivés ont la priorité sur l’eau. Ce qui conduit à des situations arbitraires, où certains continuent à irriguer hardiment pendant que leurs voisins sont à sec. Nombre d’experts plaident pour une réforme mais les titulaires des « senior rights » ont réussi jusqu’à présent à s’opposer à toute atteinte à leurs privilèges.

Les grandes exploitations compensent la pénurie en pompant dans la nappe phréatique, au risque d’accentuer encore l’affaissement de la Vallée centrale. Selon James S. Famiglietti, un hydrologiste de la NASA, les fermiers puisent dans des réserves qui datent de l’ère glaciaire. Là aussi, le gouverneur voudrait profiter de la sécheresse pour revoir un système dépassé, qui permet aux résidents de pomper dans leur sous-sol sans restrictions. Mais aucune réforme substantielle n’est attendue avant plusieurs années.

Mots clefs:

conflit (CI) (DT) (OP) , sécheresse (CI) (DT) (OP)

Pays concerné:

Etats Unis (CI) (DT) (OP)

Editeur/Diffuseur:

Le Monde - Paris
    

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