retour imprimer

Explosion démographique, pollution et agriculture intensive menacent la ressource


article de presse Mar 2006
Aut. Gaëlle Dupont
Ed. Le Monde - Paris
Article:
Polluée, gaspillée, surexploitée : l'eau douce est traitée comme une ressource inépuisable. Elle est abondante, il est vrai. Mais, au moment où la communauté internationale se penche, à Mexico, sur la question de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement dans les pays en voie de développement, les signes d'une crise de la ressource elle-même s'accumulent.

Toutes les régions du monde ne sont pas concernées : l'eau douce est très inégalement répartie sur terre. Le Canada, l'Amérique du Sud, l'Océanie, l'Europe du Nord, l'Afrique équatoriale sont copieusement arrosés. Au contraire un "triangle de la soif" relie Gibraltar, la Corne de l'Afrique et le Pakistan, selon l'expression de Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau (CME).

C'est la relation entre le nombre d'habitants et les eaux s'écoulant dans les fleuves et les rivières, ou stockées dans les cavités souterraines, qui détermine le "stress hydrique" et les risques de pénurie.

Ainsi, 60 % des habitants de la planète vivent en Asie, qui ne détient que le tiers des réserves d'eau. Tandis que l'Amérique du Sud détient le quart des réserves mondiales d'eau et n'accueille que 6 % de la population.

Pour tous, une certitude : l'explosion démographique en cours renforce la pression sur les ressources en eau de la planète. Dans vingt ans, 8 milliards d'habitants devront se partager les mêmes réserves. En polluant les eaux douces, les activités humaines augmentent encore les risques de raréfaction. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), "la première étude mondiale sur le débit des cours d'eau montre la fragmentation accrue des bassins hydrographiques, conséquence des barrages et autres moyens de retenue des courants. Les cascades, les rapides, la végétation riveraine et les zones humides sont tous menacés par cet endiguement".

CONCURRENCE ENTRE USAGERS

De plus, "les mesures sur la biodiversité et la pollution des eaux douces, telles que la demande biochimique en oxygène et la teneur en eau des nitrates" mettent en évidence "une détérioration continue de nombreux écosystèmes d'eau douce", selon le PNUE.

L'agriculture intensive est en cause, tout comme l'évacuation des eaux usées domestiques vers le milieu naturel sans aucun traitement. Selon le CME, le pourcentage d'eaux usées réellement traitées avant le retour au milieu naturel s'élève à moins de 10 % en Afrique, 14 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, 25 % en Asie, 66 % en Europe et 90 % en Amérique du Nord.

Cette raréfaction de la ressource implique une augmentation des coûts d'exploitation et de traitement pour l'approvisionnement en eau potable. Elle entraîne aussi une dépendance accrue vis-à-vis de l'eau souterraine, exploitée sans tenir compte de son rythme de renouvellement, extrêmement lent. Des techniques d'approvisionnement alternatives, comme la désalinisation des eaux salées, la réutilisation des eaux usées, la récupération des eaux de pluie, se développent.

Dans ce contexte, la concurrence entre les différents usagers - ménages, industriels, agriculteurs - et le débat sur une meilleure utilisation et une juste tarification de l'eau iront croissant. Pour l'heure, le gaspillage se poursuit. La moyenne des pertes enregistrées dans le monde à cause de fuites dans les réseaux de distribution s'élève à 50 %.

L'agriculture dépense également sans compter. Il faut environ 3 000 litres d'eau par personne pour produire une ration alimentaire quotidienne. 40 % de l'alimentation mondiale est produite par des systèmes d'agriculture irriguée. Or 20 % à 60 % de l'eau prélevée s'évaporent pendant l'opération.

Pourtant, l'irrigation doit encore se développer, car, selon les Nations unies, la population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture en plus en 2030. Déjà 13 % de la population mondiale, soit 850 millions de personnes qui vivent essentiellement en milieu rural, ne mangent pas à leur faim. Or la maîtrise de l'eau pour les cultures constitue la meilleure réponse à cette situation.

Ga. D.

Mots clefs:

agriculture (DT) (OP) , pollution de l'eau (DT) (OP)

En cas de lien brisé, nous le mentionner à communication@pseau.org

   © pS-Eau 2021