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Retour du pragmatisme dans le débat sur les politiques de l'eau


article de presse Mar 2006
Aut. Joëlle Stolz
Ed. Le Monde - Paris
Téléchargeable chez l'éditeur
Article:
Les pouvoirs publics, et non les entreprises privées, doivent jouer "le rôle principal" pour améliorer l'accès à une eau potable de bonne qualité : telle est la conclusion qu'a rendue, à Mexico, le 22 mars, le 4e Forum mondial de l'eau, dans une déclaration approuvée par 148 pays au terme d'une semaine de débats. Décevante pour certains courants altermondialistes, qui souhaitent faire établir un "droit international contraignant à l'eau", cette formule consacre un retour au pragmatisme, après les vifs affrontements, depuis les années 1990, entre partisans et adversaires de la privatisation des services, jadis fortement encouragée par la Banque mondiale.


"L'eau n'est pas à vendre !", clamaient les manifestants au long des couloirs du Centre de conférences Banamex de Mexico, tandis que, dans une immense salle d'exposition, les fabricants de pompes et de turbines vantaient leur savoir-faire aux clients potentiels. Mais tous les orateurs s'accordaient pour dire que les collectivités locales restent le maillon essentiel d'une bonne politique de l'eau. "La privatisation, il n'y en a pas, la mauvaise gestion, il y en a beaucoup", affirme Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, en appelant à "sortir d'un faux débat", puisque les opérateurs privés ne contrôlent que 5 % du marché.

Cette discrétion des multinationales est la conséquence de la résistance de plusieurs pays d'Asie et d'Amérique latine, où les pouvoirs publics avaient fait appel à des partenaires privés. Alors qu'à Kyoto, en 2003, la déclaration commune mentionnait en bonne place le "partenariat public-privé" et recommandait de "mobiliser toutes les sources de financement" disponibles, une des vedettes du Forum de Mexico était le ministre bolivien de l'eau, Abel Mamani, ancien chef de file, dans sa ville natale d'El Alto, d'un mouvement populaire hostile à la gestion du réseau par Suez.

"CONFLITS ARMÉS"

Le ministre vénézuélien a, quant à lui, averti que "si l'eau devient une marchandise, nous devons nous préparer à des conflits armés". La Bolivie, le Venezuela, Cuba et l'Uruguay ont émis des réserves sur la déclaration finale, soulignant que "l'accès à l'eau en qualité, quantité et équité constitue un droit humain fondamental". Cette idée ne fait pas l'unanimité, et pas seulement parmi les champions du libéralisme économique. "Rien n'est gratuit, surtout pas l'assainissement, soulignait le juriste français Guy Carcassonne. Qui paie ? L'usager, le contribuable, le contribuable étranger sous forme de donateur ? Quelle que soit la générosité du droit à l'eau, il ne faut pas en faire une source d'illusion et de démagogie." Même Danièle Mitterrand, présidente de la Fondation France Libertés et icône du mouvement altermondialiste, a admis que "si l'eau n'a pas de prix, elle a un coût".

L'idée s'impose que les dépenses pour l'eau ne devraient jamais excéder 3 % du revenu des ménages et que la communauté des pays riches devra financer tôt ou tard de gros travaux d'infrastructure chez les plus pauvres. "L'un des aspects positifs, selon Jean Lapègue, d'Action contre la faim international, c'est le positionnement de la France dans l'aide solidaire" grâce à la loi Oudin qui permet à des collectivités locales de financer des projets d'adduction d'eau dans les pays en développement. Pour faire face aux besoins d'une population en expansion et au réchauffement de la planète, la Banque mondiale insiste sur la nécessité de multiplier les barrages. Même s'ils recommandent des ouvrages de petite ou moyenne envergure, dont l'impact écologique est moins contestable, les enjeux commerciaux de tels projets sont énormes : ce sera sans doute un autre sujet de discorde au prochain Forum mondial de l'eau, en 2009, à Istanbul.

Joëlle Stolz

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