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L'eau, "droit" ou simple "besoin" fondamental? Vifs débats à Istanbul


article de presse Mar 2009
Ed. AFP - Paris
Téléchargeable chez l'éditeur
Article:
L'accès à l'eau est-il un "droit" ou un simple "besoin" fondamental ? La question fait l'objet de très vifs débats au 5e Forum mondial de l'eau à Istanbul où les politiques viennent de rentrer en scène sur un constat de désaccord.

La partie ministérielle de ce Forum, où une centaine de pays sont représentés, a débuté vendredi après-midi à Istanbul en l'absence d'accord sur le contenu de la déclaration finale, qui doit être publiée dimanche, Journée mondiale de l'eau.

Environ 1 milliard de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable et 2,5 milliards n'ont pas accès à un système sanitaire décent.

Le texte bute sur un mot. La dernière version du projet de déclaration, négocié depuis de longs mois, stipule que l'accès à l'eau potable et à l'assainissement est un "besoin humain fondamental", et non pas un "droit".

"La différence est fondamentale !", explique Anil Naidoo, de l'ONG BluePlanet Project. "Légalement, un +besoin humain+ n'a aucune valeur. C'est enfoncer des portes ouvertes", ajoute-t-il, soulignant qu'au moins 30 pays ont aujourd'hui intégré la notion de droit à l'accès à l'eau dans leur constitution.

Vendredi, la France a clairement indiqué qu'elle souhaitait que le texte soit renforcé sur ce point. Les Etats-Unis, le Brésil et l'Egypte font partie des pays qui s'y sont opposés lors des discussions préparatoires.

"Nous avons pris la décision de rouvrir les débats. Nous souhaitons que cela puisse figurer dans la déclaration. Nous y tenons", a déclaré à l'AFP la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno.

"Comment parler de droits de l'Homme si on ne parle pas de droit à l'accès à l'eau ? C'est le droit qui conditionne tous les autres", a-t-elle ajouté, prenant soin de préciser que cette notion n'était pas synonyme de gratuité de l'eau.

"La France, avec l'Espagne (...) souhaite aller le plus loin possible dans ce domaine tout en gardant une cohérence européenne", a de son côté indiqué le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo.

Lors de la séance plénière, le ministre équatorien de l'eau, Jorge Jurado, ministre, a souligné avec force que son pays reconnaissait "l'eau comme un droit de l'Homme fondamental".

A Strasbourg, le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), Lluís Maria de Puig, a de son côté appelé les 47 Etats membres à inscrire "le droit à l'eau pour tous, en quantité, qualité et accessibilité" dans leurs constitutions.

Si la plupart des participants au Forum reconnaissent qu'il est un lieu important d'échanges et de "foisonnements d'idées", de nombreuses voix regrettent que les débats restent trop souvent à l'écart des sujets les plus sensibles.

"Sur plus de 100 sessions, une seule traite des conflits armés", a ainsi regretté Robert Mardini, directeur du département eau et habitat du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). "Cela montre qu'on ne veut pas forcément parler des choses qui fâchent dans ces grands rendez-vous", a-t-il estimé.

Dans un rapport publié juste avant le début du Forum, l'ONU a rappelé sans détours l'urgence du problème: les "crises locales de l'eau" risquent de s'aggraver et de converger vers une "crise globale".

Dénonçant "sous-investissement", "mauvaise gouvernance" et "manque chronique d'intérêt politique", les Nations unies ont rappelé qu'avec la croissance démographique annoncée (9 milliards en 2050 contre 6,5 mds aujourd'hui), l'humanité devait se préparer à une forte hausse de la demande en eau (+ 64 milliards de m3/an).

Mots clefs:

conflit (CI) (DT) (OP) , droit à l'eau (CI) (DT) (OP)

Editeur/Diffuseur:

AFP - Agence France Presse - Paris
    

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